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Critiques de séries

Killing Eve, Phoebe Waller-Bridge (saison 1 à 3)

Irrévérencieuse à souhait, Killing Eve, série qui n’entre dans aucune case, incite au binge-watching… D’un côté, Eve (prononcer Yves please !) Polastri, agent du MI5 britannique qui ne tarde pas à être recrutée par le MI6. De l’autre, Villanelle, une tueuse à gage hors catégorie que la division des services secrets tout juste créée autour d’Eve doit trouver et canaliser… À moins que ce ne soit la criminelle qui se mette en tête de trouver ceux qui la pistent ?

Jeu de chat grandeur nature, répliques savoureuses, quiproquos délicieux et meurtres abracadabrantesques, voilà donc ce sur quoi se construit cette série. L’obsession réciproque des deux femmes donne un côté original et novateur au scénario – féministe, cela va sans dire. Les hommes sont tournés en ridicule, soit castrés par l’insolente Villanelle soit tués ou encore trop bêtas pour mériter son attention. Les deux seuls qui semblent échapper à cette catégorisation sont Konstantin et Kenny, respectivement agent de la jolie blonde et génie informatique au service d’Eve, attachant et gentiment protecteur. En cela, la série se détache nettement des nouvelles de Luke Jennings qu’elle adapte : Phoebe Waller-Bridge a choisi de lui donner un ton résolument féministe en plaçant des femmes à des postes stratégiques. L’éventail de personnages appartenant au deuxième sexe sonne donc comme un hymne à la gente féminine, toutes ayant une personnalité profonde et bien particulière. Carolyn Martens (Fiona Shaw) notamment, responsable de la section russe du MI6 et donc d’Eve, donne raison à la scénariste – son détachement et sa froideur hautaine montrent qu’une femme ne fait pas l’autre.

Sandra Oh, seule actrice de la bande ayant l’accent nord-américain et ancienne actrice de Grey’s Anatomy, incarne Eve, cette agent un peu maladroite, pas très sûre d’elle et, au départ, si facilement manipulable. Jodie Comer, quant à elle, prête ses traits à Villanelle. Tantôt chasseresse impitoyable, gamine boudeuse, mannequin à la démarche féline ou prisonnière russe taquine, son personnage est étonnamment attachant et fait tout le piquant des épisodes. En quelques minutes, elle passe d’un accent slave bougon à une diction en parfait anglais britannique. L’actrice a d’ailleurs dû travailler avec une coach vocale pour parvenir à se glisser dans la peau de cette psychopathe polyglotte – charme qui disparaît complètement en version française. Son regard amusé et buté rend cette dangereuse femme fatale irrésistible, même aux yeux de ceux qui se sont fait un devoir de la neutraliser… Les deux interprètes ont d’ailleurs été primées, Sandra Oh ayant même reçu le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série dramatique.

La première saison est sans doute la plus réussie mais ni la deuxième, ni la troisième (moins fiévreuse et moins propice aux faces à faces entre les deux héroïnes) ne déméritent. Phoebe Waller-Bridge, également scénariste de Fleabag, est parvenue à réinventer son histoire à chaque épisode, à trouver de nouveaux twists pour rendre chaque chapitre unique et surprenant. La bande-son est, elle aussi, très moderne et rétro tout à la fois. En réalité, elle semble être un ultime pied de nez aux films d’espionnage classiques. Les voix langoureuses de Brigitte Bardot, Françoise Hardy et Jade Vincent donnent une couleur malicieuse et sentimentale à la série – des chansons lentes et amoureuses remplacent donc les pistes instrumentales qui, d’habitude, tâchent grossièrement de faire monter le suspense. Ici, beaucoup de finesse donc, et une modernité rafraîchissante : on en redemande.

Le teaser de la saison 1 est disponible ici.

Ils en parlent aussi : Lili s’emmêle, Focus exquis, Pensée culturelle, Cinému, Fleur de thé vert, Le blogg des cinécurieux, Faunes et femmes magazine, En tournant les pages

16 réponses sur « Killing Eve, Phoebe Waller-Bridge (saison 1 à 3) »

[…] The White Queen revient donc sur cet événement marquant de l’histoire de l’Angleterre, du milieu du XVème siècle à sa fin. Adoptant au départ le point de vue de la future reine Elisabeth Woodville (Rebecca Ferguson), épouse d’Édouard IV, elle s’attarde sur les complots de la cour, sur les histoires de cœur et les rancœurs, sur les désaccords et les cupidités chatouilleuses et susceptibles. Ce sont les femmes qui sont au centre de chaque épisode, les filles et les épouses, les fiancées et les mères. Les filles du « kingmaker », du « faiseur de roi » (Faye Marsay et Eleanor Tomlinson), partagent donc la tête de l’affiche avec Margaret Beaufort (Amanda Hale), mère d’Henri Tudor, et avec la reine Elisabeth – les hommes étant là pour rappeler que leur destin n’est pas vraiment entre leurs mains… Les premiers épisodes, réalisés par James Kent (Cœurs ennemis), sont teintés du parfum un peu capiteux et doucereux de la romance, mais les héros énamourés ne tardent pas à préférer leurs héritiers mâles à leur partenaire de couche et à convoiter davantage le trône que le corps d’une femme, seulement bonne à porter des enfants. Les intrigues dont s’inspirent Shakespeare pour ses pièces historiques dont Richard III sont donc cette fois représentées assez fidèlement, sorte de Game of Thrones réel et moins fantastique – quoique. Elisabeth Woodville, the white queen, fut en effet considérée par ses nombreux détraqueurs comme une sorcière maudissant ses ennemis pour mieux asseoir son autorité sur Edouard et sur le pays… Adaptée de trois romans (The White Queen, The Red Queen et The Kingmaker’s Daughter de Philippa Gregory) par la scénariste Emma Frost (à l’origine de The Man in the High Castle notamment), cette série a donc une acuité historique certaine et se regarde avec plaisir et effroi. Certes, les inlassables violons qui accompagnent drames et envolées amoureuses pourront lasser quelque peu mais les dix épisodes se dévorent avec un intérêt croissant. N’oublions pas que la BBC en est à l’origine, gage de qualité s’il en est… La saison 2 intitulée The White Princess, se focalise sur le destin de la princesse Elisabeth, fille d’Elisabeth Woodville et d’Édouard IV, interprétée cette fois par Jodie Comer (Killing Eve). […]

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Tout à fait !
En effet, choix étonnant… mais nous verrons, peut être réussiront ils à se réinventer encore une fois. La fin de la saison 3 était tellement ouverte que tous les scénarii étaient possibles pour l’avenir de la série.
Merci à toi du commentaire 😉

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Merci ! C’est gentil mais j’ai notamment appris grâce à toi que j’avais visionné la version courte (ce qui m’agace évidemment !). Une idée de comment avoir la version longue ?
Et c’est toujours sympa de partager les avis des autres, surtout quand ils apportent autre chose donc de rien 😉

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j’ai adoré la 1e saison, et je suis en train de rattraper la 2 et la 3…
Je n’avais regardé que les 2 premiers épisodes de la S2 et un peu déçue, alors j’ai attendu un peu et en voyant la pub pour la S3 j’ai eu des regrets alors je m’y remets.
Les 2 actrices me plaisent et Jodie Comer en Vilanelle déjantée ma plaît bien 🙂

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