Promising Young Woman, Emerald Fennell

Cassie n’est pas la même à la nuit tombée, abandonnant le café où elle travaille ainsi que ses vêtements pastel pour des tenues affriolantes et la démarche titubante d’une fille faussement soûle. Elle va de boîte de nuit en boîte de nuit, laisse des hommes la ramener chez eux pour soudain se défaire de ses airs de poupée de chiffon prête à s’évanouir et adopter un timbre autoritaire, un ton accusateur. Elle collectionne les coups d’un soir avortés et les coups d’éclat qui s’ensuivent, les recense minutieusement dans un carnet prévu à cet effet. Cassie cherche à se venger – des hommes, de l’impunité du système, de la mentalité collective jugeant les femmes qui ont trop bu responsables des abus qu’elles subissent. Dans ce film, Emerald Fennell s’intéresse donc à l’ordinaire, plonge dans la vengeance crédible, loin de tout revolver, même si le premier tiers de Promising Young Woman peut sembler convenu, naïf et justement peu vraisemblable.

Interprétée par Carey Mulligan, désarmante dans ce corps frêle qui oscille entre fragilité séductrice, deuil trop lourd à porter et assurance charismatique, Cassie est un personnage complexe à l’unique fêlure sur laquelle repose tout le long-métrage, une protagoniste qui attire la caméra à chaque plan. Elle est ainsi enlisée dans un passé qu’elle traîne dans son présent pour le conjurer et faire évoluer la société, chancelant entre deux états, entre deux existences, tout comme la réalisation.

En effet, de même que son héroïne, Promising Young Woman est bâti sur des antagonismes. Derrière ses couleurs acidulées et sa photographie douce, claire, se camouflent la nuit, le rouge à lèvre sombre et les bas-résilles, les intérieurs de taxi lugubres et les appartements obscurs. Sous des abords caricaturaux et un fil rouge tracé au marqueur, se dessine soudain une suite plus floue, plus brutale aussi. Grâce à son ton malicieux et caustique qui devient de plus en plus grave alors que les minutes passent – et ce en dépit des quelques scènes laissant penser que le film a basculé dans la rom-com –, la primo-réalisatrice dénonce la culture du viol et le traumatisme encouru, pointe du doigt ce que chacun peut voir tout en choisissant de détourner les yeux. Le long-métrage est d’ailleurs financé par LuckyChap Entertainment, société codirigée par Margot Robbie : d’aucuns se souviendront de Scandale dans lequel la jeune actrice avait déjà à cœur de parler haut et fort pour la cause féminine et pour #MeToo. En prenant le contre-pied des stéréotypes actuels, Fennell en crée ici de nouveaux pour mieux les détruire ensuite et revenir à ce qu’elle dénonce. C’est en son entier que Promising Young Woman percute ; c’est à la longue que la réalisation tient toutes ses promesses et coupe le souffle sans jamais oublier un certain humour noir mêlé d’ironie, future marque de fabrique d’Emerald Fennell – marque de fabrique déjà perceptible dans la deuxième saison de Killing Eve dont Fennell était la show-runneuse.

De : Emerald Fennell
Avec : Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie
Genre : Thriller / Comédie dramatique
Durée : 1h48
Disponible sur Canal + à la demande
Bande-annonce

Ils/elles en parlent aussi : Critiquable. Culture aux trousses. Super Marie Blog. On se fait un ciné. Eyrio à la rencontre du cinéma. Cinérama. One punch blog. Sophie Bachet. Blog du west 2. Lilylit. Séries de films

8 réflexions sur “Promising Young Woman, Emerald Fennell

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s