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Littérature étrangère

Sukkwan Island, David Vann

Une nouvelle fois, Gallmeister a eu une idée brillante en décidant de donner une seconde jeunesse à ce roman originellement paru en 2010. David Vann est dorénavant l’un des auteurs phares de la maison d’édition spécialisée dans la littérature américaine et dans le nature writing.

Sukkwan Island, est un exemple parfait de ces plongées aujourd’hui presque surnaturelles et millénaires dans la nature, de ces retours aux sources qui sont devenues la patte signature de Gallmeister.

Un père et son fils sur une île, au large de l’Alaska, à trente kilomètres de l’âme vivante la plus proche. Voilà le postulat de départ. Jim (James Edwin Vann, nous l’apprendrons plus tard) et Roy, en avant pour l’aventure, pour une année loin de tout, pour une année entre mer et forêt, entre chalet rustique et montagne. Le père est dépressif, il pleure toutes les nuits, rendant la tâche ardue à Roy. Au départ, celui-ci avait un avis mitigé et semblait partagé entre excitation et regret à la perspective de cette année en tant que pionnier, de cette sorte de jeu de rôle. Les jours passent, la tension monte. L’entente entre le père et le fils est changeante, évolue comme les nuages au-dessus de leur tête. Ils ne se connaissent pas vraiment, apprennent à se découvrir parfois douloureusement. Ce roman est avant tout un roman sur l’humanité et sur la culpabilité, sur la connaissance de soi et des autres, sur la redécouverte de notions aussi basiques que la vie et la mort, la survie, la faim, le froid et le danger. David Vann décrit d’une manière très pure et brute les sentiments humains, l’électricité qui flotte dans l’air, qui l’épaissit jusqu’à le rendre presque irrespirable. Quelque chose va se passer. Le lecteur le sent. C’est inévitable.

Ceux qui n’ont pas encore lu le roman devraient peut-être passer les quelques lignes qui suivent. Rien n’est dévoilé mais si vous voulez lire le livre l’esprit presque libre de tout a priori, alors arrêtez-vous là avec la certitude de plonger dans un roman bouleversant sur la fragilité de l’existence.

Certains libraires et critiques parlent de la fameuse page 113 (dans la première édition). Il est vrai qu’un « phénoménal et désormais célèbre changement de point de vue » bouleverse le cours des choses, comme le dit Delphine de Vigan dans sa préface. C’est ce basculement qui donne envie au lecteur de poursuivre sa lecture, presque contre son gré – à la fois à cause de cet événement brutal et malgré lui. Sans ce drame, le roman serait presque un peu fade, on se demanderait à quoi bon, pourquoi continuer alors qu’un livre comme Indian Creek confronte l’homme à la nature d’une manière bien plus forte, les descriptions étant plus parlantes et Pete Fromm ayant une plume bien plus addictive ? Sauf que. Voilà, une fois plongé dans Sukkwan Island, impossible de le reposer. Peut-être aussi que cet état de fait est dû aux conditions dans lesquelles il a été écrit : David Vann a perdu son père à l’âge de treize ans, celui-ci s’étant suicidé après le refus de son fils de venir passer un an avec lui en Alaska. Et s’il avait accepté ? Et bien ce roman est le fruit de cette hypothèse…

Ils en parlent aussi : Lire délivre, Aude bouquine, Les élucubrations de Fleur, Mumu dans le bocage, Les marque-pages d’une croqueuse de livres, Félicie lit aussi, La bibliothèque de Juju, Librairie Flagey, Jeux lit avec Sally, Read look hear, Les lectures d’Asphodèle

16 replies on “Sukkwan Island, David Vann”

Ah, je ne l’ai pas vu en cherchant, je vais te rajouter à la liste 😉
Mon choc a été amoindri parce que j’étais à côté de ma mère quand elle a lu cette fameuse page 113 donc je savais qu’une surprise m’attendait… Mais c’est vrai que c’est violent et inattendu. D’un autre côté, le début du roman est un peu plat et je ne sais pas si on continuerait sans un tel revirement de situation !
Merci de ton passage 🙂

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je l’ai lu, il y a longtemps alors il me reste que quelques souvenirs, je me souviens du fils, du père, de la cabane et je t’avoue que je ne me souviens plus trop de la fin, à part un bateau… et la page 113 ne me dit rien. J’avais essayé d’autres Vann mais beaucoup moins bon. Ne me rajoute pas, j’avais juste écrit trois mots 🙂 bonne journée

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