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Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon

Mercy, Mary, Patty ou un hommage à ces femmes qui refusent l’autorité, à ces femmes libres, à ces femmes qui ont choisi leur vie, à ces « femmes (im)puissantes » comme les décrit Elisabeth Philippe pour L’Obs. Ce titre, c’est avant tout celui de l’essai de Gene Neveva, paru en 1975. Inventée par Lola Lafon, cette sociologue américaine, lectrice pendant un an dans les Landes, est chargée par l’avocat de la défense de rédiger un rapport sur Patricia Hearst. Patty, fille de bonne famille, est enlevée par le SLA (ALS en français : l’Armée de Libération Symbionaise ) en Californie puis, par un étonnant revirement de situation, elle deviendra Tania, se retrouvera à adhérer à leur idéologie – marxisme, lutte armée pour l’égalité – un fusil entre les mains, le regard fier. Gene est chargée de trouver des éléments pour l’innocenter, fouillant la presse, écoutant encore et encore les messages qu’elle adressa à sa famille. Pour l’aider, elle engage une jeune assistante, Violette rebaptisée Violaine, qui verra sa vie changée à jamais par cette collaboration.

Mercy, Mary, Patty, c’est aussi ce roman de Lola Lafon, roman qui résonne comme une ode à ces femmes. Elles sont trois : la narratrice, Gene Neveva et Violaine, trois personnages qui pourtant paraissaient réels. Elles le sont, à leur manière, à la manière de symboles, de femmes fortes ou plus fébriles qui incarnent un combat féministe. La narratrice s’adresse à Gene, elle semble lui écrire, saluer le courage de cette allégorie. Elle retrace l’enquête minutieuse que l’Américaine mène avec Violaine, mais s’attarde surtout sur leur relation à toutes les deux, sur les tensions et les moments de grâce, d’idole à pupille, d’une adulte sûre d’elle à une jeune femme timide, encore enfant. Ce roman, c’est aussi ces femmes enlevées au XVIIème siècle par les Amérindiens puis retrouvées, arrachées à leurs ravisseurs devenus leur peuple – pour certaines. Enfin, ce roman c’est aussi l’ombre de Patricia qui plane au-dessus de chaque phrase, qui baigne d’une aura de violence et de réalisme tout ce qui se déroula cette année-là. C’est le roman d’une époque et un roman intemporel, une fiction et un essai, tout cela mêlé. Emporté dans ce tourbillon de recherches, de dates, de faits, de réalité et d’inventions qui se confondent, le lecteur se perdra parfois dans ces pages, englouti par les flots ravageurs sur lesquels surfe ce livre. Quête d’identité abrupte et parfois trop embrouillée, Mercy, Mary, Patty est malgré tout une œuvre forte et engagée qui laisse un souvenir vif.

Article de Paris Match sur l’affaire Hearst ici.

Actes Sud parle de ce roman ici.

Ils en parlent aussi : Les métisseurs de mots, Chronicroqueuse de livres, Hannibal le lecteur, Archives et culture pop’, Ma collection de livres, Aleslire, Kheira’s upper class assembly room

6 réponses sur « Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon »

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