Rosa candida, Auður Ava Ólafsdóttir

Le narrateur, que son père appelle Loddi, a hérité de sa mère sa passion pour l’horticulture, et plus particulièrement, pour les roses – la Rosa candida le touchant tout spécialement. Comme Hekla, la Miss Islande du roman éponyme, il fuit donc ce pays si dur au sol de lave où rien ne pousse, où le vent seul gèle les feuilles et les racines quand elles parviennent à s’étendre dans la terre rocheuse. Il se réfugie dans un village perché sur une colline et devient jardinier dans un monastère, laissant à la chaleureuse étreinte glacée de son pays natal sa fille de quelques mois, son ex petite-amie, son père et son frère jumeau sur lesquels pèse toujours le deuil d’Anna, la mère du narrateur. À la fois prévenant et distant avec ses proches, qu’il soit loin ou dans la même ville qu’eux, Loddi est un héros lunaire mais terriblement attachant, amoureux des roses avant d’être ancré aux autres. Derrière le fil de l’histoire, tout simple, se dessine aussi une réflexion sur la famille et l’héritage, portée par des figures paternelles touchantes. Âgé, le père du narrateur est plein d’attentions parfois désarmantes, de remarques étonnantes tandis que son fils semble avoir hérité de son humanité, de son instinct paternel – mais pas de son absence d’intuition culinaire. La quête éperdue de sens de Loddi, sa volonté de comprendre qui il est et ce à quoi il est destiné contribue à le faire errer, à la fois proche des siens et ailleurs, situation propice aux rencontres insolites et aux moments rares, enveloppés d’un charme tout islandais et d’un humour piquant mais très doux.

Le résumé sans prétention et sans envolée de Rosa candida ne peut encapsuler toute la finesse malicieuse de la plume d’Auður Ava Ólafsdóttir. Si le côté décousu et philosophique de La vérité sur la lumière est à peine présent, transparaissant derrière les références religieuses et les discrètes paraboles bibliques, les sujets chers à l’autrice se devinent plus clairement – la beauté de la naissance, les coïncidences sur lequel le père de Loddi a des idées bien arrêtées, les relations humaines et leur beauté fragile. Comme dans Miss Islande, elle parvient à saisir la candeur de personnages qu’elle fait grandir, véritable adepte des romans d’apprentissage qu’elle réussit si bien grâce à sa tendresse pleine d’une délicate insolence et d’une légère incongruité.  

Les romans islandais ont ce charme décalé qui les rend unique, charme mêlé à une étonnante compréhension de l’âme humaine. Comme Jón Kalman Stefánsson, à travers des scènes dont la banalité de façade est bientôt contrariée par des détails étranges et fantasques, Auður Ava Ólafsdóttir signe un roman gracile, délicieux et ensoleillé. L’adjectif « croquignolet » n’a jamais autant semblé avoir été inventé pour décrire l’œuvre de cette autrice.

Auður Ava Ólafsdóttir – Rosa candida
[traduit de l’islenska par Catherine Eyjólfsson]
Zulma
Mai 2015
288 pages
9,95 euros

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