À Vineland, communauté planifiée à l’image de celle décrite dans La saison des feux, les familles américaines vivent comme toutes les autres, que ce soient un foyer de 1870 ou une maisonnée de 2016. Des vies à découvert (Unsheltered) a en effet une narration alternée, le présent cédant place au passé qui à son tour cède sa place au présent. Des ponts sont tendus entre les deux époques, entre les deux familles. Elles vivent au même endroit, sur le même terrain, dans une bâtisse aux murs instables et inquiétants qu’elles aiment pourtant tendrement. Comme symbole de cet indéfectible lien entre le XIXème et le XXIème siècle, les derniers mots d’un chapitre sont repris comme titre du chapitre suivant.

Willa et Iano vivent avec leur fille, Tig, et le père de Iano, Nick. Leur fils sort de Harvard en bon spécialiste de la finance, pourtant endetté jusqu’au cou comme seules savent endetter les universités américaines. La campagne présidentielle de 2016 fait rage, Nick étant un indéfectible soutien de Trump, jamais nommé mais toujours très bien dépeint, tandis que Tig est campée comme une représentante de la génération Y, adepte du recyclage, fervente défenseure de l’environnement et socialiste dans l’âme. Fracture entre nouveau et ancien monde donc, entre magnats de la finance et devins lucides quant à l’avenir de notre planète et de l’humanité. De même, cent cinquante ans plus tôt, Thatcher se bat envers et contre tous pour défendre les idées de Darwin, la science contre les inepties bibliques qu’il respecte pourtant – dans une certaine mesure. Son seul soutien, il ne le trouve pas chez les siens (ou si peu) mais auprès de Mary Treat, correspondante d’Asa Gray et de Darwin lui-même, botaniste qui mériterait à être plus connue selon les propres termes de Barbara Kingsolver,.

Le monde moderne et l’évolution face aux hommes attachés à leur quotidien, à ce qu’ils savent être nocif et faux mais seule chose qu’il connaisse – ou une division qui semble faire longue date. L’auteure dresse des portraits très réalistes, le lecteur s‘attendant presque à ce que les personnages sortent des pages des Vies à découvert. Engagé, ce roman entremêle sujets polémiques et environnementaux à la Franzen (Phénomènes naturels, Freedom), vie familiale si typique de la littérature du nouveau continent à la Andrew Ridker (Les altruistes) et histoire personnifiée à la Tracy Chevalier. Certaines scènes sont savoureuses, des répliques, immémorables, mais d’autres passages semblent très longs, laborieux – sans doute parce que trop techniques. Le livre prend le temps de se tisser, de doter les protagonistes de vies solides et de caractères précis, mais il accuse donc plusieurs longueurs. Quant à la traductrice, il semble qu’elle ait choisi l’invisibilité, disparaissant quand un lecteur n’ayant pas étudié l’histoire américaine solliciterait des explications – le procès Scopes et ce début de lutte armée entre religion et sciences, le fameux « vingt acres et une mule » cédé aux anciens esclaves en même temps que la liberté… Ainsi, trop d’absences de sa part, absences qui desservent le propos général des Vies à découvert – à savoir que tout est lié, passé, présent, futur, que tout n’est toujours qu’un combat entre résistance et adaptabilité.

Merci aux éditions Rivages qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, ont également contribué à enrichir Pamolico.

Ils en parlent aussi : Encore un livre, Impossible sans livre, Sorcière misandre, Le monde de Tran, Ffloladilettante, Ju lit les mots, Lettres exprès

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