House of Gucci, Ridley Scott

Ridley Scott retrace l’ascension et la chute de la famille Gucci, entre opportunisme et héritage, ressentiment et trahison, passion et furie. La réalisation, inspirée d’un livre, est basée sur le mariage de Patrizia et Maurizio, petit-fils du créateur de la marque, sur la frénésie de la jeune femme, sa soif de pouvoir et d’argent bien plus que de chair. Le réalisateur s’attarde ici sur la déchéance d’un couple mais aussi sur celle d’une famille, sur les complots ourdis par les uns aux détriments des autres, la vénalité pour clef de voûte de ces fourberies.

Lady Gaga, pièce maîtresse de House of Gucci, prête ses traits à la belle, à la pièce-rapportée dont l’union avec l’héritier entraîne des changements majeurs au sein de la maison et achève de faire basculer son destin. Affublée d’un accent italien ainsi que d’une énergie illuminée et inquiétante qui entraînera celle qu’elle incarne dans de bien sombres desseins, l’artiste confirme son talent de comédienne caméléone, apte à se glisser dans la peau d’un personnage marquant. Maquillage, costumes princiers et coiffures extravagantes soulignent le milieu dans lequel s’ancre le long-métrage (et lui permettent de décrocher un Oscar), parachevant également la transformation de Lady Gaga – celle de l’actrice mais aussi celle de son héroïne qui, après l’ardeur féroce des premiers temps, frôle finalement la démence désespérée. Adam Driver, lui, fait don de tout son charisme pour créer l’aura de Maurizio, étouffée par l’incandescence inarrêtable de son épouse puis éclatant enfin au grand-jour. Autour du duo central de House of Gucci évoluent également des hommes et des femmes excentriques et charismatiques portés par des acteurs qui le sont tout autant – Jared Leto est grimé en Paolo Gucci, un homme sensible et fantaisiste, paria de la famille, tandis qu’Al Pacino joue son père, Aldo, et que Jeremy Irons apparaît malade et affaibli en Rodolfo Gucci, père de Maurizio. Camille Cottin est aussi présente, discrète mais néanmoins élément fondamental du drame à l’œuvre.

Les scènes s’enchaînent, la chronologie accélérant trop parfois – certaines ellipses nuisant d’ailleurs à la clarté du scénario. Ridley Scott a ainsi préféré la fluidité à l’avalanche de détails, l’épuré du script venant contraster avec le faste de la dernière partie de House of Gucci. Après tout, le film a été tourné en accéléré, en seulement une quarantaine de jours : heureusement donc que le réalisateur savait exactement où il allait et avait dépouillé l’ensemble de certaines vétilles.

De l’ombre des débuts, de la sphère privée des trois premiers tiers, le long-métrage bascule bientôt dans l’opulence, le clinquant, la sphère publique – après le tendre soleil milanais, l’obscurité des intérieurs petits et intimistes, voici la pureté étincelante du marbre, le blanc éblouissant d’une piste de ski, les flashs des photographes, l’éclat des bijoux en or et, enfin, à nouveau la douceur d’une matinée italienne qui initie une structure circulaire. Les décors et les costumes contribuent donc grandement à l’immersion dans cette fresque familiale qui flirte par moment avec le thriller – buildings new-yorkais monumentaux et pierre blonde de l’architecture toscane, verre moderne et douceur d’ambre, leur présence oxymorique comme représentative du basculement de House of Gucci et de celui de la maison.

De : Ridley Scott
Avec : Lady Gaga, Adam Driver, Al Pacino, Jeremy Irons, Jared Leto
Genre : Biopic, Drame
Durée : 2h37
A voir sur Canal +

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