Près de la mer, Abdulrazak Gurnah

Saleh a toujours vécu près de la mer – tout d’abord à Zanzibar, puis, finalement, en Angleterre. Alors que s’ouvre ce roman, il habite dans un village britannique, bien loin de son Afrique natale, de son encens et de ses couleurs. Il raconte alors peu à peu ce qui l’a conduit en Europe, son arrivée de clandestin à l’aéroport, son séjour sordide dans une famille d’accueil, et, avant cela, sa jeunesse de marchand de meubles sous le soleil tanzanien, ses rencontres. Les raisons de son exil se dessinent lentement, très lentement, alors que des tractations financières sont évoquées, anticipant déjà sur les révélations finales. Les liens familiaux sont complexes, les récits s’enchâssent les uns dans les autres puisque Saleh s’attarde sur l’histoire de certains personnages ayant marqué sa vie. Le second tiers du roman est, lui, narré par un autre homme dont la vie se déroule peu à peu, à son tour. Les ponts unissant Saleh et Latif sont nombreux, des indices disséminés dans ces pages tandis que la troisième et dernière partie offre les éclaircissements nécessaires à la compréhension exhaustive de Près de la mer.

Abdulrazak Gurnah, Prix Nobel de littérature 2021, entremêle les existences, croise les destins familiaux dans ce roman marquant. Sa plume, aussi sensorielle que poétique, aussi humaniste que souple et luxuriante, emporte ailleurs, dans un tourbillon d’odeurs épicées et musquées, de teintes chatoyantes, de sons qui nous sont inconnus à nous, Occidentaux. Malgré certaines longueurs liées à ces contrats non-honorés, à ces marchandages et complots ourdis dans l’ombre, Près de la mer est un livre-voyage, un livre empreint de magie, de références aux Mille et une nuits. Les détails qui apparaissent aux détours des phrases permettent à une véritable atmosphère de naître malgré le peu de descriptions formelles. L’œuvre est ainsi à la fois précise et brouillée, riche d’informations sur l’histoire d’un pays dont le nom est tu, d’influences littéraires qui donnent encore davantage de cœur à l’ensemble.

Crédits : l’illustration apparaissant sur la photographie est extraite d’Azur et Asmar de Michel Ocelot.

Abdulrazak Gurnah – Près de la mer
[By the Sea – traduit par Sylvette Gleize]
Denoël
Décembre 2021 (parution originale : 2006)
384 pages
22 euros

Ils/elles en parlent aussi : Aux vents des mots. Passage à l’est !. Sud la route de Jostein. Mot à mots. Miriam

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