Ce qui vient après, JoAnne Tompkins

Deux adolescents sont morts, l’un assassiné par l’autre. Isaac, le père de la victime, a la peau à vif, le cœur comme à découvert, tout en ayant enfoui son essence au plus profond de lui-même, sous une couche d’écailles impénétrable, sous ses silences de Quaker qui ont fait fuir ceux qu’il aime et tiennent à distance ceux qui pourraient l’aimer. Jonah, le meurtrier, a écrit quelques mots avant de se suicider : il raconte le lent déroulé de ses actes, la chaîne de cause à effet qui mena à l’inéluctable. Evangeline, elle, est encore une enfant dans le corps d’une jeune femme, une enfant qui en abrite un autre.

Par rayons convergents, JoAnne Tompkins relate ce qui reste après, après le drame, après la mort, après que le mal a pris le dessus, mais aussi ce qui vient après, ce qui ne demande qu’à affleurer derrière la brûlure cuisante, dévastatrice. Elle mêle trois perspectives pour effleurer la nature humaine et sentir sous ses doigts toute sa complexité, tous ses reliefs, toutes ses nuances. Elle parvient à voir les pans d’ombre qui habitent chacun de nous, à pommeler de lumière cette noirceur en consolant ces âmes perdues, ces âmes de pécheurs prêts à se repentir. Ancienne avocate, l’autrice a cette sensibilité à l’autre, aux déboussolés, à ceux qui errent, et leur fait entrevoir le soleil à travers les feuilles des forêts du Washington. Sa perception de l’existence et de la douleur, du mal, est porteuse d’une sorte de philosophie qui fond doucement sur la langue, y diffuse sa sagesse ainsi que son âpre chaleur ensoleillée. Elle se dissout dans ces pages, un mot après l’autre, comme des bris de verre étincelants et affilés qui diffractent les éclats de lumière poétique tombant ici et là.

Après la mort, le sang, les larmes, la souffrance, l’abandon, la sauvagerie, un peu de douceur, d’indolence, d’innocence – quelques rayons, tout juste. Ce qui vient après est aussi un livre sur la paternité et sur la maternité, sur la confiance si lente à acquérir et si prompte à s’évaporer. Dans ce premier roman, JoAnne Tompkins ne touche pas qu’à l’adolescence torturée, qu’à la jalousie dévorante, qu’à la frustration et à la rancœur d’une vie, d’un père ; elle sait aussi mâtiner de miel cette amertume, en faire une leçon de résilience et de pardon lustrée d’une fine et délicate patine d’optimisme.

Un grand merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture.

JoAnne Tompkins – Ce qui vient après
What Comes After – traduit par Sophie Aslanides
Gallmeister
3 mars 2022
576 pages
26,20 euros

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10 réflexions sur “Ce qui vient après, JoAnne Tompkins

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