L’enfant qui voulait disparaître, Jason Mott

L’enfant qui voulait disparaître succède à Exercice de confiance de Susan Choi, et remporte le National Book Award 2021, témoignant d’une maîtrise structurelle et narrative toute aussi brillante, et d’un engagement tout aussi indéniable.

En parallèle, Jason Mott raconte deux histoires, celle d’un auteur en tournée promotionnelle et celle d’un enfant, l’enfant qui voulait disparaître – ou peut-être est-ce la même ? Au présent, les deux récits s’entremêlent, se relayent, se font écho, tour à tour déchirants et profondément drôles. L’écrivain, narrateur anonyme et non-fiable, voit soudain apparaître à ses côtés, alors qu’il sillonne le pays, celui qu’il surnommera le Gamin, une silhouette d’un noir nocturne, petite et pleine de morgue, invisible aux autres. Confronté à sa présence étonnante, il s’interroge, remet en cause son identité, sa « négritude », l’engagement qui n’est pas le sien, sa rectitude. Avant de venir lui tenir compagnie, le Gamin a eu une vie, celle d’un enfant noir dans un état encore rongé par le racisme – la Caroline du Nord, où Jason Mott est d’ailleurs né. Celle d’un enfant noir dans un pays où ceux qui ont sa couleur de peau sont tués parce qu’ils se promènent dans la rue une fois la nuit tombée.

Allégories, chimères d’un autre temps, les personnages se découvrent et dansent dans un ballet confondant, toujours sur le fil entre larmes, sourire et amour, soleil et orages, nuit et jour. Tout autant décousu qu’entier, harmonieux, ce roman parvient à unir tous ces destins brisés, à fusionner ces fragments qui le composent grâce à une langue brute et sobre, des phrases courtes parfois sublimes, parfois brillantes, parfois d’une incongruité exquise.

Les frontières entre fiction et réalité se brouillent, instables, le narrateur et l’enfant imaginant des choses, confondant le réel et l’inventé, voyant des fantômes, ceux que leur imagination fait éclore aux coins des pièces où ils se trouvent, malmenés ou désœuvrés, châtiés par leur mère qui ne veut que leur bien et les punit pour pouvoir contrôler l’intensité de la douleur qui leur est infligée, ou harcelés par leurs camarades blancs qui les appellent Charbon ou Minuit. Le drame qui se joue, trame principale du roman, est là en arrière-plan, lancinant mais presque éclipsé par l’humour mordant, féroce, qui imprègne ces pages, par l’incongruité, par l’absurde qui fleurit dans les aventures de l’écrivain, si lunaire. Parfois, après deux répliques entre lesquelles germent les rires, se dissimule une étoile de poésie, un éclat du ciel que Jason Mott aurait cousu à son livre, lui conférant une nouvelle facette. L’enfant qui voulait disparaître est un cri du cœur poignant, découverte par un enfant de la violence humaine, témoignant de sa volonté d’à la fois être vu pour ce qu’il est, non pour sa teinte ébène, et de disparaître pour s’échapper, pour se protéger. Pour rire ou pleurer, dissimulé sous la couverture du monde, entre la terre de notre planète, et le ciel de la fiction.

Merci aux éditions Autrement qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont contribué à enrichir Pamolico.

Jason Mott – L’enfant qui voulait disparaître
[Hell of a Book – traduit par Jérôme Schmidt]
Autrement
5 janvier 2022 (rentrée littéraire d’hiver 2022)
432 pages
22,90 euros

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