La cité des marges, William Boyle

Cette fois, point de féminisme farouche et irrévérencieux pour William Boyle, ni de course-poursuite infernale, mais toujours des gourmandises transalpines et des prénoms mafieux… Après L’amitié est un cadeau à se faire, l’auteur orchestre intelligemment un chassé-croisé dans le Brooklyn italien des années 1990, mêlant les perspectives pour peindre un tableau entre réalisme et satire. Roman choral, La cité des marges met en scène des personnages qui tous flirtent avec les limites, entre la vie et la mort, le bien et le mal. Deux femmes célibataires, l’une veuve, l’autre divorcée, des flics ripoux plus ou moins gentils, deux fils, l’un loser, l’autre plus touchant, une adolescente aux cheveux roses – galerie de protagonistes dont les destins s’emmêlent, William Boyle parvenant habilement à faire monter le suspense tout en disséminant ici et là des touches de l’absurde si savoureux dont il nous régalait déjà dans son livre précédent. Ses dialogues sonnent justes et sont pleins d’esprit, sa plume est toujours aussi visuelle et emprunte aux références de sa jeunesse de disquaire cinéphile, Scorcese pour l’influence italienne et mafieuse, Bruce Springsteen en fond sonore.

Les focalisations s’alternent, permettant au romancier de multiplier les allusions et de diluer son propos pour ne dévoiler son jeu que dans le dernier quart du récit. Les femmes sont davantage victimes qu’actrices de ce scénario où règlements de compte et magouilles en tout genre badinent avec une atmosphère à l’odeur de poudre et de sucre glace. Les mamas italiennes ont la part belle, protectrices ou endeuillées, mais toujours aimantes, bonnes cuisinières et généreuses – à tout égard, amenant un peu de douceur à ces bourrins bedonnant ou en passe de le devenir.

Merci aux éditions Gallmeister qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

William Boyle – La cité des marges
[City of Margins – traduit par Simon Baril]
Gallmeister
1er septembre 2021 (rentrée littéraire 2021)
432 pages
24,40 euros

5 réflexions sur “La cité des marges, William Boyle

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