Les enchanteurs, Geneviève Brisac

Dans un roman mélancolique, qui parvient souvent à distiller des gouttes de poésie à un quotidien prosaïque, Geneviève Brisac dessine le parcours d’une femme littéraire bientôt éditrice. Elle choisit ainsi l’autofiction pour porter un regard désenchanté sur ces bureaux parisiens où le provincialisme est mal vu, et où l’intellectualisme de la capitale l’est encore davantage. Féministe, désillusionné, Les enchanteurs condense en à peine deux cents pages les maux de ce microcosme avant et après le changement de millénaire. Sorte de fable, ce livre danse, propositions courtes qui se succèdent et se répondent, paragraphes valsant du « je » au « elle », du récit au commentaire lassé de deux lectrices (dont l’autrice, supposons-nous) réagissant aux événements rapportés. Ce livre caracole aussi de la fin au début, sans ordre entre ces deux jalons – puisque cela finira toujours comme cela a commencé affirme Nouk et, à travers elle, Geneviève Brisac. Ces pas de danse donnent une impression brouillonne qui s’estompe peu à peu, alors que le chemin autobiographique se précise, que la chronologie s’apaise, que les commentaires se font plus rares.

L’autrice renoue ainsi avec Nouk, son double fictionnel. À peine agrégée, la jeune femme rentre dans le harem d’Olaf, puis finira par le quitter pour en rejoindre un autre, cette fois dans le giron d’un nabab plus protecteur. En filigrane, la vie privée de l’héroïne, tantôt narratrice tantôt simple personnage, ses convictions communistes, ses grossesses mal perçues, la naissance de ses filles, avant que ne s’étiole peu à peu la trame personnelle. C’est le milieu éditorial qui est au cœur de ce livre, milieu malicieusement critiqué et gentiment rembarré – quitte pour cela à ce que la protagoniste passe au second plan. Certes, ce sont sur ses aventures que se fonde Les enchanteurs mais ses frasques sont ternies, troublées par la construction presque anarchique du récit. Nouk reste une silhouette floue, comme vidée de l’empreinte de son autrice qui se représente tout en se camouflant, en transparence.

Merci aux éditions de l’Olivier qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Geneviève Brisac – Les enchanteurs
L’Olivier
7 janvier 2022 (rentrée littéraire d’hiver 2022)
192 pages
17 euros

Ils/elles en parlent aussi : Au fil des livres

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