Musique et vers dans la Maison Tanière, rythme qui bat, mots qui pulsent, douleur et douceur, soleil tendre et pluie battante. Une maison de campagne aux murs défraîchis, au papier peint en lambeaux, aux plafonds décrépis et percés d’air. La maison où Pauline Delabroy-Allard se nourrit de lumière, de silence imparfait et plonge les mains dans le terreau palpitant de la vie, loin de la ville et du bruit, des verres entre amis et des « dimanches bourgeois ». Œufs à la coque, poule et chat, vinyles qui crissent et larmes qui coulent en même temps que le jaune sur la coquille.

L’auteure de Ça raconte Sarah se laisse habiter par la maison qui la veille, pénétrer par ses défauts charmants, par son air d’antan. Elle écrit « les jours absents », ceux où le monde s’éloigne, la maladie, la peur et l’amour comme de lointains sentiments, la passion comme flamme revêche dans le cœur. Et puis la musique disparaît, les images fanent un peu, ses vers sans ponctuation, sans majuscule, fluides et passagers s’imprègnent d’une autre atmosphère, celle des plafonds qu’elle photographie, leurs couleurs surannées effaçant le pop pétillant des pochettes de 45-tours. Journal intime en deux temps, poèmes et clichés, deux étés bercés par la poésie sourde qui vrille ses pensées et leur permet pourtant de ne pas vriller complètement. Dans la Maison Tanière, se réveillent le corps et ses appétits, la faim, le désir. Les notes s’en emparent et le font danser malgré la morosité ou la « nostalgie chienlit », l’instinct de la mère et celui de l’amante frissonnent, scintillent comme amarre à l’existence du reste de l’année, loin de ses semaines isolées.

Merci à l’agence La Bande et aux éditions L’Iconoclaste pour cette lecture.

Pauline Delabroy-Allard – Maison Tanière
L’Iconoclaste (Iconopop)
8 avril 2021
80 pages
13,00 euros

Ils/elles en parlent aussi : La bibliothèque de Noukette. Roseleen

5 commentaires »

  1. J’ignorais qu’elle sortait un autre livre, « Ça raconte Sarah » m’avait beaucoup marquée ! Merci pour cette découverte, en espérant que cet ouvrage me plaira autant que son roman… Il faut en tout cas saluer le travail de l’Iconoclaste sur les couvertures de cette collection !

    Aimé par 1 personne

    • Moi aussi, j’avais été soufflée par son roman.
      J’espère que ses poèmes te toucheront, ils se dévorent lentement, l’un après l’autre et nous offrent un moment d’intimité étrange avec l’auteure.
      La couverture reprend l’une des photographies de Pauline Delabroy Allard, mais c’est vrai que l’Iconoclaste soigne beaucoup le graphisme des ouvrages de l’Iconopop.

      Aimé par 1 personne

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