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Critiques, cinéma étranger

Okja, Bong Joon Ho

Comme pour Parasite, Bong Joon Ho s’attaque à un sujet tabou et réalise un film entre comédie et drame, entre burlesque et horreur.

Dans un futur proche, la Mirando Corporation, passée maîtresse dans l’art des OGM et des animaux créés en laboratoire, décide de concevoir une nouvelle espèce : les super-pigs, ou cochons géants. Pour se rapprocher d’un public qui la condamne de plus en plus volontiers pour se tourner vers le bio et les sociétés respectant le bien-être animal, la directrice de l’entreprise organise une compétition télévisée, envoyant des bébés de cette nouvelle espèce un peu partout dans le monde. Le but (plus ou moins implicite) ? Déterminer quel type d’élevage est le plus à-même de réussir aux bêtes, et surtout le plus susceptible de produire une viande moelleuse et savoureuse.

Après la cérémonie de lancement de ce concours, organisée comme une véritable émission de téléréalité, nous voilà parachutés dix ans plus tard dans les montagnes féériques du fin fond de la Corée – qui ne sont pas sans rappeler les forêts japonaises de Miyazaki, peuplées de créatures tout aussi étranges et touchantes que les mammifères de Bong Joon Ho. Mija, fille d’une dizaine d’années, joue avec Okja, son super-pig, tendre et affectueux, presque à l’image d’un chien. Imaginés et croqués par le réalisateur lui-même, ces animaux ont été réalisés numériquement par Erik-Jan De Boer, le gagnant de l’Oscar des meilleurs effets visuels pour L’Odyssée de Pi. Ils n’ont, en réalité, pas grand-chose en commun avec les mammifères roses qui terminent en jambon dans nos assiettes mais tiennent davantage de l’hippopotame, du gentil monstre tout doux (mais énorme), à l’image d’un Totoro sans poil. Leur regard semble empreint de bienveillance et d’intelligence. Difficile donc de nous résoudre à les laisser partir à l’abattoir…

En prenant le parti pris de la fillette, en se positionnant de son point de vue et de celui de la Ligue de Défense Animale, Bong Joon Ho ridiculise les grandes firmes américaines et leur perpétuelle quête financière, rendant inconséquentes leurs préoccupations si matérielles et si éloignées d’une quelconque humanité. La froideur de leurs bureaux, le masque neutre et froid de Lucy Mirando (Tilda Swinton, aussi glaciale que dans Narnia), le ridicule du Dr Johnny Wilcox – tout cela concourt à la dénonciation de notre machine à produire et de son capitalisme sans foi ni loi. L’apogée de ce film engagé se situe sans doute dans les dix minutes qui précèdent le tombé de rideau, dans une scène si insupportable que certains se devront de détourner le regard ou de la passer en accéléré.

Si la première demi-heure oscille entre merveilleux et loufoque, rappelant presque Jojo Rabbit et nous arrachant volontiers quelques éclats de rire, rapidement le drame rattrape la comédie. En cela, la patte du réalisateur est bien reconnaissable : comme dans Parasite, il mélange les genres et finit par flirter avec l’horreur pour porter un message sociétal profond. Il faut donc avoir le cœur bien accroché pour cette plongée dans les coulisses les plus sombres de notre société. La fin peut sembler un peu précipitée : après cette fameuse scène difficilement regardable, tout s’enchaîne sans réelles explications.

Le message est donc à saluer même si la deuxième moitié de la réalisation a du mal à trouver son rythme.

Film à regarder sur Netflix – sans être forcément le programme TV le plus conseillé en cette période un peu sombre…

Ils en parlent aussi : La saveur des goûts amers, Luxuriis, MediaShow, Point sur arcane, Virvia Mondo, Un monde singulier, Le tour d’écran

18 réponses sur « Okja, Bong Joon Ho »

J’en ai dit du bien également même si, il faut le reconnaître, ce n’est pas le meilleur du réalisateur.
Bong Joon-ho aime bien triturer les bestioles tout de même, ce n’est pas innocent s’il a baptisé sur dernier « Parasite ». Déjà dans « The Host » il parlait d’une grosse bête née dans un laboratoire, produit d’une manipulation génétique. La bestiole était nettement moins kawai que cette Okja attachante, mais au destin tout aussi pathétique.

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Très heureux de voir le succès de Parasite car à mon humble avis, ce n’est pas le meilleur BJH mais il permettra à beaucoup de personnes de découvrir ses autres œuvres. Concernant OKJA, j’ai retrouvé l’originalité d’un scénario, les effets numériques magnifiques, l’engagement politique, le mélange des genres mais j’ai trouvé que tout cela manquait de liant, de fluidité et de justesse de ton à certains moments. Au même titre que Snowpiercer, Okja ne réussit qu’à moitié à BJH qui n’a jamais été aussi bon que dans sa Corée natale, celle qu’il explore dans Mother, Memories of Murder, The Host et Parasite entre autres…

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Je n’ai vu que Okja et Parasite, et ma préférence va au second !
En effet, manque de fluidité par moment et peut être un poil too much aussi malgré l’engagement. Je note pour les autres titres 😉
Merci de ton passage et très bonne soirée à toi.

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