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Critiques, cinéma étranger

Jojo Rabbit, Taika Waititi

Irrévérencieux à souhait, Jojo Rabbit retrace l’histoire d’un garçon de dix ans, Johannes Betzler (Roman Griffin Davis) qui a pour ami imaginaire Hitler (Taika Waititi lui-même). Jojo vit pendant la Seconde Guerre Mondiale, en Allemagne, et il se soumet donc aux épreuves imposées par les jeunesses hitlériennes, épreuves qui feront de lui un soldat digne de ce nom. Son but ultime ? Rentrer dans la garde rapprochée du dictateur qu’il idolâtre. Mais c’est avant qu’un incident malheureux et perturbant vienne chambouler ses plans et toute perspective d’évolution au sein de la hiérarchie nazie. Défiguré et « estropié » selon ses propres termes, le gamin déterminé à la gueule d’ange et aux grands yeux innocents se voit assigné la tâche de postier. Il colle des affiches de propagande et se charge du courrier des Allemands. Et puis. Et puis arrive l’impensable : des bruits dans un placard de sa maison le rendent suspicieux et avec raison : sa mère (Scarlett Johansson) les a trahis, lui et son ami imaginaire ! Elle aide et cache Elsa (Thomasin McKenzie), une Juive. C’en est trop pour Jojo. Il doit agir !

Si les dix premières minutes, le film, adapté du roman Le Ciel en cage de Christine Leunens, a du mal à trouver son ton et son équilibre, le spectateur oublie bientôt le sourire coincé et mal à l’aise qu’il arborait après le générique pour se plonger dans cette atmosphère inimitable sans plus de retenue.

Scarlett Johansson incarne avec brio une mère célibataire, qui oscille entre son rôle maternel et ses aspirations de résistante, entre son envie de secouer son fils, de lui ouvrir l’esprit embrumé par l’embrigadement, et son besoin irrépressible de protéger Elsa. L’actrice qui joue cette adolescente pleine de répartie et d’assurance, c’est le même brin de femme farouche qui incarnait Tom dans Leave No Trace, tout aussi brillamment. Le casting est donc au top, même si les noms à l’affiche ne sont pas les plus connus d’Hollywood : leur jeu est teinté d’une innocence bravache qui ne peut laisser indifférent et va parfaitement à Jojo Rabbit.

En plus d’être d’une drôlerie insolente et touchante, ce film est également une ode à l’amitié. Le Führer y est tourné en ridicule, Taika Waititi le jouant « comme une version plus stupide de (lui)-même », donne à Jojo des conseils abracadabrantesques et se retrouve bien souvent dans des situations absurdes et embarrassantes. Coloré et loufoque, l’univers créé par le réalisateur donne une autre version des faits, amène de la douceur et une candeur enfantine là où il n’y a que douleur, faim et mort. La plupart des décors intérieurs a d’ailleurs été fabriqué, comme un pied de nez superbe, dans les studios Barrandov de Prague qui servit aux films de propagande réalisés dès le début de l’occupation nazie.

De nombreuses références transforment le quotidien sous le régime nazi en vaste plaisanterie – qui ne se défait jamais d’une certaine aura fantaisiste, aura conférant à cette réalisation une impudence et une morgue savoureuses tout en dénonçant l’absurdité de la guerre et l’idéologie nazie. Sans être fantasque pour le plaisir, le film apporte un regard nouveau et étonnant sur cette période de l’Histoire et prouve que l’on peut rire de tout – et pourtant ce n’est pas une expression qui s’applique habituellement à ma vision des choses.

Le réalisateur confie en effet qu’ « (il) amène le public au bon état d’esprit en le faisant rire, et une fois qu’ils ont baissé la garde, (il) commence à semer ces petites doses de drame qui ont un poids sérieux et prennent leur place en eux ». Et c’est tout à fait cela.

La bande-annonce ici 🙂

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11 réponses sur « Jojo Rabbit, Taika Waititi »

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