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Romans étrangers

Sur les eaux du volcan, Bob Sacochis

Entre politique, sexe et nature, relations humaines et hiérarchie raciale, Bob Shacochis imagine une île antillaise et la vie qui y suit son cours, les habitants qui se croisent et s’éloignent, se disputent et se confrontent, au cœur d’une lutte de pouvoir sans merci.

Le premier élément gênant est sans doute le racisme qui sous-tend dans tout le roman – sans que les insinuations ne soient omniprésentes pour autant, les tensions entre blancs immigrés et noirs natifs semblent-être la base de l’histoire (ou plutôt des histoires). Les luttes de pouvoir, les divergences culturelles, les désaccords profonds, les manières de vivre qui s’opposent, les corps qui doivent cohabiter. Les indigènes ont une manière de parler qui est caricaturée – ou en tout cas, l’auteur ressent le besoin de jalonner leurs propos d’apostrophes et d’abréviations. Certes, il s’agit là de son sujet, puisqu’il évoque une île au milieu des années 1970, perdue entre l’Amérique et Cuba, attirée tantôt par l’une, tantôt par l’autre, prise dans un système d’influences et de corruption compliqué et pas toujours très clair. Il n’empêche, matérialiser les accents d’une manière ou d’une autre n’a jamais été une fioriture stylistique que j’affectionne. Bref.

En ce qui concerne le reste, la plume a un quelque chose d’indéniable, un lyrisme entre poésie et crudité qui ne peut pas laisser indifférent. Les descriptions de la nature, notamment, nous emportent dans les Antilles, entre forêt moite et océan translucide, les métaphores étant toujours très justes et visuelles. Outre ces paysages et cette touffeur ambiante, l’auteur s’attarde sur les spécimens qui y évoluent, semblables à des cobayes qui réagiraient de leur propre chef aux stimuli créés par son imagination torturée. Relations de pouvoir, tensions raciales, tension sexuelle et pulsions sont autant d’éléments analysés par Bob Shacochis, passés au crible. Il semble prendre un malin plaisir à tourner autour de ses personnages pour les cerner le mieux possible, à les étudier sous toutes leurs coutures pour mettre à nu le moindre des atomes qui les compose. Tristesse, trahison, amour, désir et passion, lassitude, colère et animalité, entre instinct primaire et tourments d’hommes civilisés, Wilson Mitchell et tous ceux qui gravitent autour de lui pourraient bien perdre le nord…

Merci à Gallmeister qui, en contribuant une nouvelle fois à enrichir le site d’aVoir-aLire, a également contribué à enrichir ce blog.

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