Désir, douleur et gloire (Douleur et gloire, Pedro Almodóvar)

Douleur et gloire signe le retour de Pedro Almodóvar à Cannes, après la sélection de son long-métrage précédent, Julieta (2016). Le réalisateur crée ici une quasi-reproduction de sa vie. Il faut tout de même noter que des événements ont été ajoutés, d’autres passés sous silence. Il a toujours nié, par exemple, tout sorte d’addiction à l’héroïne, tandis que les retrouvailles avec ses amants passés découlent sans doute plus du fantasme que de la réalité. Par contre, une copie exacte de son appartement a été imaginée, et la production est allée jusqu’à récupérer des objets de décoration directement chez lui.

Douleur et gloire marque la fin d’une trilogie composée également de La Loi du désir et de La Mauvaise Éducation.

Il a, cette fois, choisi Antonio Banderas pour jouer son rôle, le coiffant comme lui et lui cédant ses vêtements. Le comédien, excellent et récompensé par le prix d’interprétation à Cannes, le regard souvent perdu, meurtri par le désir passé et par les épreuves de la vie, s’est malgré tout refusé à imiter Pedro Almodóvar. Il a préféré broder sur son histoire, sur ses souvenirs, inventer à partir de ce que le réalisateur lui offrait. Le résultat est plus qu’intéressant : le moindre élément du quotidien, la moindre séance de fumette est prétexte à un retour dans le passé, dans son enfance où il était encore dans les jupes de sa mère, incarnée par Penélope Cruz. Les échos entre le passé et le présent permettent au personnage de se dévoiler peu à peu, son évolution se dessine, et on comprend mieux le pourquoi de ses travers.

Malgré tout, il y a un blanc de nombreuses années entre son enfance, son adolescence que l’on devine, au séminaire, et la soixantaine de ce génie vieillissant et déprimant. Certaines choses transparaissent sous d’autres, mais peut-être regrette-t-on l’absence de flashbacks nous ramenant, nous et le protagoniste au début de sa vie d’adulte, dans les bras de Marcello par exemple. D’un autre côté, c’est un parti-pris qui se défend, et vouloir montrer la première partie de sa vie et la dernière, les résonances entre ces deux périodes, nous permet de considérer ce réalisateur d’un œil neuf, d’avoir un meilleur aperçu du chemin parcouru.

C’est, pour moi, l’œuvre de la maturité, beaucoup moins criarde et fantaisiste que les films de ses débuts. On retrouve à certains moments l’ambiance pesante, lourde de Julieta, ainsi que les thèmes de la famille, de la mère surtout.

Almodóvar renoue donc avec ses deux acteurs fétiches et livre un film intime, profond, bouleversant. On apprend beaucoup sur lui, sur ses démons, ses douleurs et ses amours. À aucun moment on ne tombe dans le mélo ou dans le déballage gênant. Tout est fait avec finesse, la caméra accompagne les acteurs, les basculements entre passé et présent.

Je laisserais le mot de la fin à Almodóvar, qui résume à la perfection son film et la dernière scène, clin d’œil génial : « Fiction et vraie vie sont les deux faces d’une même pièce de monnaie et dans la vraie vie, il y a toujours de la douleur et du désir. »

Pour la bande-annonce, c’est ici 🙂

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6 commentaires sur “Désir, douleur et gloire (Douleur et gloire, Pedro Almodóvar)

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  1. « Douleur et gloire » de Pedro Almodovar…
    Un pur chef-d’œuvre, pourtant Pedro Almodovar n’en est pas avare. Vraiment un film magnifique! Si le cinéaste n’obtient pas la Palme d’or avec ce film, et ce, quelles que soient les qualités des autres œuvres en compétition, que je n’ai pas vues, il me semble qu’il ne l’obtiendra jamais!
    « Douleur et gloire » n’est pas un biopic -et heureusement!-, il s’agit plutôt d’une autofiction. Pedro Almodovar nous raconte sa vie quasiment depuis sa naissance… Alors, quelle part de réalité, quelle part de fiction, peu importe, toujours est-il qu’il se met à nu dans une totale impudeur, et le film nous conduit au plus fort de l’émotion, constamment croissante. Peu importe donc qu’il s’agisse d’Almodovar, voilà un film qu’on analysera, qu’on reverra dans de nombreuses années, toujours avec autant de plaisir! Les personnages sont bouleversants, et les acteurs encore plus, du jeune Almodovar, craquant, à Antonio Banderas dans une de ses plus belles compositions, en passant par les différentes mères d’Almodovar, parmi lesquelles Penelope Cruz, toujours éblouissante. La distribution est totalement convaincante et rend le film passionnant à suivre!
    On parlait d’émotion, mais jamais le film n’est larmoyant. Un personnage du film dit d’ailleurs qu’un bon acteur ne doit pas pleurer, mais retenir ses larmes. Non, l’émotion naît de la narration, totalement maîtrisée, entre présent et flash-back sur l’enfance. Le montage est extrêmement fluide et ménage, à chaque fois, le suspense et l’attente.
    Contrairement à d’habitude, il s’agit d’un film d’hommes réalisé par un cinéaste de la femme, même si les femmes ne sont pas exclues, la mère bien sûr, mais aussi l’amie.
    Quant à la réalisation, elle est éblouissante! Chacun des plans est admirablement filmé, tour à tour gros plans ou plans larges et décors somptueux, en particulier l’appartement de Pedro Almodovar adulte, noyé dans les couleurs rouges, vie et mort à la fois, amour et mort à la fois!
    En outre le film est, entre autres, une magnifique réflexion sur le cinéma, le théâtre et les relations qu’ils entretiennent avec la réalité. On a la construction en abyme, puisque aussi bien le film raconte aussi l’histoire du film en train de se réaliser.
    Ce qui fait la grande force du film d’Almodovar, c’est aussi son universalité, sa réflexion sur la vie, sur la mort et sur la condition humaine en général. Que tourner ensuite pour le cinéaste, dans la mesure où le film est testamentaire? L’avenir nous le dira.

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  2. J’ai adoré et été bouleversée. Antonio Banderas est extraordinaire sans cabotinage.
    J’avais lu pour l’appartement… j’adore cet appartement d’ailleurs.
    Je t’encourage à voir Tout sur ma mère, un de ses plus grands films avec celui ci.

    Aimé par 1 personne

  3. Je ne savais pas pour la reproduction de son appartement, merci pour cette information. En revanche, « quasi-reproduction de sa vie », je ne crois pas, car je comprends que pas mal de choses ont été modifiées par le filtre de la fiction. J’ai bien aimé le film, mais je n’ai pas été aussi ému que je l’espérais et du coup, je suis un peu déçu. A mon avis, ses plus grands films restent Parle avec elle (son chef-d’oeuvre où son style atteint à l’épure tout en restant plus vif qu’ici), Tout sur ma mère, et le très beau Julieta, son précédent.

    Aimé par 2 personnes

    1. Julieta m’a beaucoup plu aussi, etje n’ai pas vu les deux autres dont tu parles… seulement Volver que je n’avais pas du tout aimé.
      C’est vrai que nos attentes peuvent parfois être déçues face à un film dont l’on attendait beaucoup.
      Merci pour cette correction quant à sa vie, je vais m’empresser de corriger ça 😉

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