Un film étriqué (Sibyl, Justine Triet)

Sybil ou un film violent, grotesque par moments.
Sibyl (Virginie Efira, impressionnante), psychanalyste, décide de revenir à ses premiers amours et de se remettre à l’écriture, quittant pour ce faire nombre de ses patients. Lorsque Margot (Adèle Exarchopoulos, parfaite dans ce rôle) l’appelle, en larmes, affolée et éplorée, elle ne peut faire autrement que de la rencontrer. Son histoire va l’intriguer, l’inspirer même. L’une cherche le calme, l’autre est en proie au délire, à la panique, à la fois amoureuse d’Igor (Gaspard Ulliel) et terrorisée. L’amour, la passion destructrice s’en mêlent, à plusieurs reprises, et bouleversent la vie des deux héroïnes à une dizaine d’années d’intervalle. Elles seront toutes les deux confrontées à un choix du même ordre, choix qui les transformera à jamais. La vie de Margot rappelle à Sibyl son passé, sa relation avec Gabriel (Niels Schneider, décidément abonné aux rôles de méchant et aux scènes torrides avec Virginie Efira qu’il retrouve après Un amour impossible).

Certes, les acteurs sont excellents, vraiment excellents, mais le scénario ne décolle pas, patauge, ne s’envole, ni ne démarre jamais réellement. Au moment où enfin une éclaircie semble poindre, alors les personnages deviennent fous, à tour de rôle, s’égarent, et le pitch plonge, nous perd, se perd. On notera malgré tout la splendeur du Stromboli et de l’île éponyme, où Justine Triet a tourné pour la première fois en décors réels.

Elle renoue avec Virginie Efira après Victoria et, cette fois, lui demande tout, la malmène et la pousse au sommet de son art. La réalisatrice donne l’impression d’avoir voulu, à travers elle et à travers les autres, explorer les faiblesses, les vices et les failles de l’homme, son inclination à la dépendance – quelle qu’elle soit : amour, passion, alcool, cigarettes, ou encore l’autre. Autrui, celui qui nous fait face, avec qui tout se partage. Les scènes d’intimité sont nombreuses, crues, longues, violentes, à l’image des rapports qu’entretiennent les protagonistes entre eux.

Il est compliqué de s’immerger dans Sibyl, de rentrer dans la tête de l’héroïne, dans sa vie. Les personnages ne sont pas vraiment attachants, à l’exception de cette psy constamment sur la brèche. Elle ne parvient à émouvoir qu’à certains moments seulement, à d’autres elle insupporte ou bien désoriente. La caméra est nerveuse et va d’un visage à l’autre, d’une époque à l’autre pour souligner les correspondances entre les addictions, entre les histoires et les drames. Le piano et ses notes discordantes accompagnent la tragédie qui se joue sous nos yeux, un peu trop pesamment d’ailleurs.
Mélodramatique à bien des égards, égocentrique même – il prend un malin plaisir à nous expliquer ce qu’est la psychanalyse, comment un film se réalise, comment les relations humaines s’articulent, et cette finit par peser  – ce long-métrage présente des hommes et des femmes plus dérangés les uns que les autres, mal dans leur peau, vis-à-vis de leurs souvenirs et de leurs rapports aux autres.

La bande-annonce ici.

16 réflexions sur “Un film étriqué (Sibyl, Justine Triet)

  1. Ping : Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

  2. regardscritiquesho22

    « Sibyl » de Justine Triet…
    Même si « Victoria », de la même réalisatrice, ne nous avait pas pleinement convaincus, nous sommes allés voir « Sibyl » dans de très bonnes dispositions, prêts à prendre beaucoup de plaisir. D’ailleurs le film commence bien, avec une bonne idée de départ, avec un bon scénario. La première scène est tout à fait drôle. Et puis, progressivement, ça se corse. Qui est qui? Sommes-nous dans le passé, dans le futur? Sommes-nous dans le mensonge, dans le fantasme, dans l’imaginaire? Comme, en plus, il faut tendre l’oreille pour entendre les dialogues, on finit par s’agacer, on continue à s’accrocher, tellement c’est fouillis! D’ailleurs je ne suis pas sûr que la monteuse y retrouve ses petits. Bon, c’est une psychanalyste, elle abandonne son métier pour écrire un roman. Elle a peu d’inspiration, alors lui vient l’idée saugrenue d’enregistrer une patiente, une comédienne, qu’elle n’a pas réussi à convaincre de voir un confrère…
    Bon, jusque là, ça va, c’est après que ça dérape, on ne sait plus où on en est! Peut-être est-ce elle qui est en traitement, qui est folle, peut-être que l’histoire racontée est fausse, peut-être est-ce son roman qu’elle visualise? Ah ben, non, apparemment on est dans le réel. Enfin, si on veut, parce que la psychanalyste qui suit sa patiente sur le Stromboli et qui finit par mettre en scène la dernière séquence du film en train de se tourner… Euh, oui, la psychanalyse irait-elle jusque là, ou bien sommes-nous dans le fantasme? On s’ennuie, on s’ennuie ferme, parce qu’il nous manque le mode d’emploi. Plein de séquences sont incompréhensibles, et même parfois totalement ridicules.
    On se rend bien compte que le film est censé être émouvant, mais, question émotions, on peut repasser, tant sont grandes les incohérences qui font que pas un seul instant on ne croit ni aux situations ni aux personnages. Alors on finit par comprendre: le film est totalement prétentieux, totalement crâneur, totalement donneur de leçons. Bon, je vais vous expliquer ce qu’est la psychanalyse. Bon je vais vous expliquer comment on tourne un film. Bon, je vais vous montrer comment on monte intelligemment un film. Oui, mais n’est pas Tarentino qui veut, n’est pas Rossellini qui veut, même si le Stromboli est là!
    Alors, « Sibyl » est un chef-d’œuvre et vous êtes le dernier des nuls si vous ne comprenez pas cela, le film est monté d’une manière géniale et, si vous ne comprenez pas cela, circulez, y a rien à voir! Si vous n’êtes pas forcément sensible à la grande beauté des acteurs, si vous n’êtes pas sensible à la beauté extraordinaire des paysages, vous n’êtes pas dignes d’un tel film!
    Manifestement un film pour les gilets jaunes, tout plein de leurs préoccupations de pouvoir d’achat. C’est sûr qu’après Almodovar, après les frères Dardenne, c’est rude… Vous l’avez compris, je ne suis pas forcément un adepte de ce cinéma-là. Ah, si, j’ai trouvé que le Stromboli jouait très bien!

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  3. Dérangeant certainement. En même temps, ce film-portrait (ce qui fait que les personnages secondaires ne sont pas à la fête) parle d’une femme vaincue par une immense tristesse causée par un chagrin d’amour qu’elle n’arrive pas à oublier. Par son montage brisé, alternant entre passé et présent, Triet montre bien comment Virgine Efira, qui est exceptionnelle, vit toujours dans ce passé qui la tire en arrière. Et la dernière séquence est très émouvante.

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    1. Incontestablement, Virginie Efira est brillante, mais cette construction passé-présent (que j’affectionne habituellement) n’impliquait pas la création d’un scénario abracadabrantesque où une psy se retrouve sur un tournage en plein milieu de la mer et où les personnages sont plus fêlés les uns que les autres…
      Merci pour ton commentaire dans tous les cas, c’est toujours intéressant d’échanger avec des blogueurs aux avis différents du sien 🙂

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      1. La partie sur le tournage peut paraitre superflue mais en réalité, elle montre comment Efira essaie de sortir de sa dépression : en se conduisant comme une réalisatrice, en considérant les autres comme des personnages de fiction, pour mettre un voile entre eux et elle. De rien pour le commentaire, c’est toujours plaisant d’échanger et le film est trop cérébral pour plaire à tout le monde de toute façon.

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  4. Ah zut! J’avais beaucoup aimé Victoria que j’achèterai sûrement en dvd pour compléter ma collection cinéphile. J’e suis assez fan de Virginie Efira mais le sujet de ce film me donne moyennement envie. J’ai un abonnement ciné, je vais peut-être aller le voir ce weekend par curiosité, je reviendrai te dire ce que j’en pense. J’ai l’impression que c »est un film un peu trop bobo à voir donc…

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