Be’Tipul est une série israélienne qui a été adaptée dans une vingtaine de pays. Eric Toledano et Olivier Nakache ont porté le projet en France, défendant un scénario qui, de prime abord, n’emballait pas les chaînes. Même Arte était réticente avant que les deux réalisateurs à l’origine notamment de Nos jours heureux, Intouchables et Hors-normes ne proposent d’ancrer En thérapie dans le contexte parisien post 13 novembre 2015, ce qui lui donne une atmosphère particulière – première fiction à s’attaquer à cet événement encore sensible.

Les attentats du Bataclan et de l’hyper-casher ont marqué les esprits et bouleversé les patients de Philippe Dayan, interprété par Frédéric Pierrot. La série se décompose en trente-cinq épisodes d’une vingtaine de minutes, chacun mettant en scène un face à face entre le psychologue et l’un de ses interlocuteurs. Le lundi, Mélanie Thierry, chirurgienne, s’épanche et tente de faire comprendre à son thérapeute qu’elle a des sentiments pour lui depuis maintenant un moment. Le mardi, Reda Kateb, policier de la BRI qui est intervenu pendant l’assaut du Bataclan, tourne en rond dans le cabinet avant de finalement commencer à se confier. Le mercredi, Céleste Brunnquell, jeune nageuse qui vient d’avoir un accident de vélo, a besoin d’une expertise psychologique pour l’assurance. Le jeudi, Pio Marmaï et Clémence Poésy incarnent un couple aux prises avec une grossesse désirée par l’un et subie par l’autre. Enfin, le vendredi, Philippe change de place et s’assoit face à un expert à son tour, se soulageant auprès de Carole Bouquet avec qui il a partagé plus de choses que ce que le spectateur ne devine. Les semaines se répètent, instaurant un rythme rassurant et cyclique, les réalisateurs se relayant pour donner toute sa saveur à la série. Mais bientôt la tonalité presque routinière de la série va être mise à mal et les contours entre chaque rendez-vous, se brouiller peu à peu… Tourné sur une journée et demie, chaque épisode fut éprouvant pour les acteurs qui, à l’image de Carole Bouquet, ont donné beaucoup d’eux-mêmes et fait nombre de lapsus témoignant de ceux qu’ils sont réellement derrière leur rôle.

En thérapie parvient ainsi à distiller des indices sur la vie personnelle de Philippe, sur son mariage qui bat de l’aile, sur ses traumatismes d’enfance, sur ses inquiétudes pour ses enfants qui grandissent. Parallèlement à son quotidien, se déroulent les séances plus ou moins fatigantes auprès d’hommes et de femmes très différents, à la personnalité marquée et finement établie. Tous réagissent de manière diverse au choc qui suit les événements de l’automne 2015, certains ne semblent même pas réellement concernés, ailleurs, dans leur bulle de soucis très prosaïques et bien éloignés de la mort qui frappe sans prévenir. Nakache et Toledano ne se sont pas chargés de tous les patients : ils sont secondés par Pierre Salvadori qui prend en charge les épisodes mettant en scène Camille, par Nicolas Pariser qui s’occupe de la thérapie de couple, et par Mathieu Vadepied qui prend soin de notre psy. Les dernières semaines, ils disparaissent même du générique. Les champs-contrechamps se succèdent, presque seuls plans adoptés par les réalisateurs. Le comportement et les pensées des personnages sont réellement travaillés, même si les premiers épisodes tâtonnent un peu, des ficelles épaisses – choc émotionnel enfantin, relations parentales compliquées – apparaissant dans leur discours.

Finalement tendre et très intelligemment bâtie, En thérapie dit beaucoup de la société française à travers ses héros pourtant nullement caricaturaux. Là où l’adaptation japonaise de Be’Tipul se déroulait dans un lycée, où la version américaine mettait en scène un vétéran traumatisé, où l’interprétation italienne s’intéressait à un membre de la mafia, notre mouture ancre la série dans une période marquante de notre histoire contemporaine, contexte qui fait nécessairement ressortir certaines caractéristiques de notre France.

De : Eric Toledano, Olivier Nakache, Laetitia Gonzalez
Avec : Frédéric Pierrot, Carole Bouquet, Mélanie Thierry
Année : 2021
Nombre dépisodes : 35 (1 saison)
Durée moyenne : 25 minutes
Chaîne d’origine Arte

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30 commentaires »

  1. Je ne suis pas très série mais j’avoue que celle-ci est excellente. Tout est juste, les acteurs st excellents, Frédérique Pierrot en psychanalyste est impeccable. Carole Bouquet en superviseur est juste formidable. Reda Kateb, Céleste Brunnquel ( elle promet cette jeune actrice ), Mélanie Thierry ,Pio Marmaï et Clémence Poésy sont tous touchants, riches et complexes comme nous tous 🙂 C’est une réussite , on retrouve les concepts de la psychanalyste : le cadre , les séances à heure fixe, l’association libre de la parole, le transfert. On retrouve les résistances des patients, la demande des patients , certains pensent qu ils viennent juste pour une petite angoisse et au détour d une parole , le trauma qui surgit…ou ceux qui pensent que le psychanalyste va leur donner des conseils, une recette pour aller mieux …C est intelligemment bien écrit et je pense que le tournage a du faire ressurgir des choses plus personnelles chez les acteurs. A leur insu, ils ont certainement déposé quelque chose d’eux sur le divan de « En thérapie ». Vivement jeudi 😉

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    • Qu’est ce qui te déçoit ? Que chaque épisode soit dédié à un patient ? Ou que le contexte influe à ce point sur le contenu ?
      Dans les deux cas, je trouve que cela donne son charme à la série. À mon sens, l’alternance des patients et le fait que les jours de la semaine se déroulent les uns après les autres, lentement, donne un rythme réconfortant et permet de se focaliser davantage sur les propos que ne l’aurait permis une construction plus alambiquée. Mais tout est affaire de ressentis 😉

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  2. Intéressante chronique ! J’ai vu les 2 premiers épisodes et ne savait pas trop si je poursuivrais n’étant pas fan des séries à rallonge qui scotchent sur le fauteuil pour des heures et des heures… Devant tant d’intelligence mis en œuvre, je pense que je vais poursuivre. Merci pour ce coup de pouce !

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