Huit crimes parfaits, Peter Swanson

Peter Swanson a ici recours à un procédé que son héros considère lui-même comme de plus en plus commun et recherché de nos jours : un narrateur à la fiabilité douteuse. Seulement, pour que ce procédé fonctionne, il ne nécessite pas forcément une narration à la première personne et de régulières apostrophes adressées aux lecteurs : J. P. Delaney et son Mensonge en sont le parfait exemple. Ici, la persona de Swanson est un libraire de cinquante ans, solitaire depuis la mort de sa femme quelques années plus tôt. Il se décrit comme difficile d’accès, pas vraiment amateur des relations sociales – sociopathe donc, d’une certaine manière. Le roman gravite autour des interactions de Malcolm avec une policière, Gwen, qui vient le consulter à propos d’un article de blog qu’il a écrit peu après l’ouverture de sa boutique spécialisée dans la vente de polars – « Huit crimes parfaits », auquel le livre emprunte son titre. Autour du protagoniste, les meurtres se multiplient, inspirés de cette liste et ainsi copiant (plus ou moins approximativement…) les scenarii des classiques policiers évoquées par Malcolm.

Après Vis à vis dont l’issue est somme toute peu crédible, Huit crimes parfaits s’appuie sur certains ressorts similaires, révélant les éléments par à-coups et créant un personnage ambigu. Cette fois, il s’agit du héros, instable et peu sympathique. Certes, le dénouement est inattendu et la dernière page fait son effet mais certaines approximations demeurent. La raison véritable du tueur semble ainsi factice, comme plusieurs détails qui feront tiquer les lecteurs les plus attentifs : des membres du FBI auraient ainsi manqué une paire de menottes suspendue au mur, face au cadavre d’une vieille dame – certes, victime d’une crise cardiaque mais tout de même…  

Enfin, le style est, comme dans beaucoup de polars à quelques exceptions près, assez peu recherché. Le traducteur n’a pas cherché plus loin que les inévitables « dit » (« say » étant le verbe de parole par défaut en anglais), ce qui donne à certains moments un rythme poussif, le livre étant encombré de beaucoup de parties dialoguées.

 Malgré ses défauts, saluons donc ses qualités de page-turner.

Merci aux éditions Gallmeister qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Peter Swanson – Huit crimes parfaits (traduit par Christophe Cuq)
Gallmeister
4 février 2021
352 pages
23,40 euros

Ils/elles en parlent aussi : Manon lit aussi. One more cup of coffee. Halanouche readings. Cannibales lecteurs. Love in books

7 réflexions sur “Huit crimes parfaits, Peter Swanson

  1. Je l’avais lu en VO. J’avais été très emballée au début et puis, arrivée à la moitié, j’avais commencé à voir venir le retournement de situation, tellement convenu que j’espérais me tromper. Hélas… bref, une belle déception après un point de départ enthousiasmant !

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  2. pourquoi pas? Je crois que j’ai besoin d’une période « polar, thriller roman noir » comme chacun voudra en ce moment … En fait j’alterne polar et lecture sérieuse en ce moment avec 3 livres sur le feu en même temps 🙂
    à force de me disperser on va finir par « me retrouver aux quatre coins de la ville, éparpillée façon puzzle  » comme le dit si bien Michel Audiard que j’adore…

    Aimé par 1 personne

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