L’arbre du mal, Tana French

Roman noir familial, L’arbre du mal n’est pas sans rappeler Le maître des illusions de Donna Tartt. Un narrateur masculin, sûr de lui et finalement peu sympathique, à qui tout (ou presque) réussit jusqu’à un instant T où sa vie part en vrille – instant que Tana French met en scène et à partir duquel elle tisse une toile d’araignée impitoyable, y piégeant tous les personnages les uns après les autres.

Toby n’a jamais eu de réel problème. Il s’épanouit dans sa vie professionnelle, sort avec Melissa, une fille aussi jolie que sensible et bienveillante et entretient des liens chaleureux avec sa famille. Un soir, des cambrioleurs débarquent chez lui, mettent à sac son appartement et le tabassent en le laissant pour mort sur le sol. Résilient, le protagoniste parvient à atterrir à l’hôpital et malgré des séquelles importantes, il est en vie. Cet accident se présente comme le point de départ de cette histoire car, Toby le dit lui-même, c’est à ce moment-là que son existence a commencé à dérailler. On peut en effet tisser une longue chaîne de cause à effet à partir de l’effraction, chaque décision et chaque événement menant un peu plus irrévocablement au prochain, la catastrophe approchant. Toby se laisse convaincre par sa cousine de cohabiter avec Hugo, l’oncle célibataire et excentrique qu’il a toujours beaucoup aimé pour la durée de sa convalescence. Il est malade et tous deux pourront donc veiller l’un sur l’autre, dans La Maison au Lierre, demeure familiale ancestrale. Mais une vieille tragédie refait surface, malmenant la fragile tranquillité que Toby, Melissa et Hugo étaient parvenu à trouver. Le passé réémerge, les souvenirs de lycée déferlent dans l’esprit du narrateur et dans celui des membres de sa famille. L’élocution pâteuse, la mémoire capricieuse, la concentration volatile, la jambe traînante et la paupière tombante – voilà un bien triste portrait du héros qui ne supporte pas l’état dans lequel les malfrats l’ont abandonné. Il doit donc apprendre à accepter celui qu’il est devenu, à refaire siens ses souvenirs, à apprivoiser son caractère fougueux et être prêt à remettre en question tout ce sur quoi son destin s’était bâti…

Porté par une plume très américaine malgré le cadre irlandais de l’intrigue, L’arbre du mal est un roman haletant qui prend le temps de poser son décor et de créer une atmosphère. Ses quelques six cents pages étirent le temps et les jours s’écoulent lentement sous un ciel de plus en plus pesant au-dessus de la tête de Toby et des siens. Tana French mêle donc secrets de famille et souvenirs de jeunesse, os en pagaille et policiers peu amènes pour signer un thriller addictif.  

Merci au magazine Elle et aux éditions Calmann Levy pour ce livre, lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices 2021.

Tana French – L’arbre du mal
Calmann Levy
13 janvier 2021
512 pages
23,90 euros

Ils/elles en parlent aussi : Lire et courir, Mélie et les livres

2 réflexions sur “L’arbre du mal, Tana French

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