Noël 2022 – livres en pagaille

Comme chaque année, décembre s’invite sur le blog avant l’heure… Un vent d’hiver souffle, porteur d’odeurs de pain d’épices, de résine et de jacinthe, et nous invite à penser aux fêtes qui arrivent à grand pas. 2022 oblige, 22 titres sont mis en avant ici et se matérialiseront peut-être sous votre sapin si de bonnes âmes pensent romans à Noël – mais sans doute suffit-il de leur glisser une liste littéraire…

Lire pour frissonner

À envelopper d’un froid papier cristal

Antarctique, Olivier Bleys

Grinçante, cette satire glacée emporte aux confins du monde, sur la glace australe, dans une base soviétique. La vodka coule à flots, un meurtre est commis et les égos rentrent en collision, échauffés par les températures polaires. Fable sans morale, farce macabre, Antarctique fait rire autant que frissonner.
Critique à lire ici.

Le mage du Kremlin, Giuliano da Empoli

Livre froidement actuel, cette biographie qui emprunte davantage à la réalité qu’à la fiction entraîne le lecteur dans les tréfonds de l’âme russe et de son passé récent. Giuliano da Empoli revient sur le décalage entre la molle tyrannie d’Eltsine et la dictature inamovible de Poutine, faisant de la géopolitique un thriller glaçant.
Critique à lire ici.

Lire l’Histoire la gorge serrée

À habiller d’un papier oublié aux couleurs passées

Faire bientôt éclater la terre, Karl Marlantes

Karl Marlantes donne naissance à une famille finlandaise, créant une véritable fresque qui court sur plus de six cents pages. À travers ses héros, si vivants, pleins de contradictions et de caractère mais tous uniques, à travers leur histoire, il relate le syndicalisme montant, l’évolution de l’immigration américaine du XXème siècle, décrit précisément le monde de la coupe du bois, de la pêche.
Critique à lire ici.

La Cité des nuages et des oiseaux, Anthony Doerr

Entremêlant les époques et les destins, Anthony Doerr condense le destin d’un livre en sept cents pages. Lecteurs, protagonistes, comédiens en herbe et traducteur se croisent et se livrent à un jeu de piste pour que triomphent l’humanité et la littérature. Les jeunes héros et les mots vacillent, entre l’espace, l’Empire Ottoman et les États-Unis.
Critique à lire ici

La douceur de l’eau, Nathan Harris

Si peu souvent toile de fond de romans, la Reconstruction est ici centrale. Nathan Harris fait de cet après-guerre de Sécession le parfait contexte pour créer des personnages touchants et donner corps à la dichotomie sociétale américaine.
Critique à lire ici.

L’autre découverte de l’Amérique, Kathleen Alcott

Kathleen Alcott écrit la maternité couplée à la féminité et à l’activisme, inscrivant son héroïne dans l’Amérique de la Guerre Froide, de la course à l’espace, de l’impérialisme reaganien. La poésie de sa plume fait de ses personnages des hommes et des femmes flottant dans l’Histoire, recouverts d’une sorte de poussière d’étoile floutant les détails des atmosphères pourtant si pénétrantes qui se déploient page après page.
Critique à lire ici.

Lire pour le poids-plume-poids-lourd de l’héritage

À dissimuler sous les tissus anciens hérités des mères et des grand-mères

Les femmes du North End, Katherena Vermette

Récit de femmes amérindiennes fortes et blessées, courageuses et résilientes qui font front et se reconstruisent, Les femmes du North End est un premier roman douloureux mais percutant, attachant et marquant.  
Critique à lire ici.

La mémoire de l’eau, Miranda Cowley Heller

Miranda Cowley Heller relate vingt-quatre heures de la vie d’une femme, entrecoupant ce présent d’un passé dur et amer, fait d’abus et de souvenirs de vacances au bord des étangs de Cap Cod. Une lecture enveloppante et magnétique.
Critique à lire ici.

La montagne des pères, Joe Wilkins

Joe Wilkins s’ouvre au lecteur, adapte sa plume à l’aridité de son Wisconsin et raconte son enfance, par bribes. Chacune donne le sentiment d’entrer dans un nouveau livre mais La montagne et les pères est pourtant une œuvre harmonieuse, extrêmement émouvante, sur l’héritage et les pères – ceux qui ont guidé l’auteur, de ses premiers pas à ses premiers baisers.
Critique à lire ici.  

Tenir sa langue, Polina Panassenko

D’une plume insolente et tendre, Polina Panassenko évoque son enfance, entre URSS et France, pays disparu et pays inconnu, revient sur son combat pour retrouver ce « a » final et ce « o », loin du « au » si français. En renouant avec son prénom, c’est son héritage qu’elle fait sien, de nouveau.
Critique à lire ici.

La vie obstinée, Wallace Stegner

Un vieil homme voit des hippies s’installer dans son jardin, mais surtout, il noue des liens étroits avec ses nouveaux voisins, un couple touchant. Marianne aime le vivant, ouverte et têtue, comme la vie qui s’obstine en elle et la vermine qui colonise l’herbe de Joe, grincheux et aigri. Histoire d’une relation père-fille qui se tisse trop tard, ce livre est joliment ampoulé pour se moquer du narrateur.
Critique à lire ici.

Voyage en territoire inconnu, David Park

Alors que Noël approche, un père part sur la route pour rejoindre son fils, grippé et piégé dans son appartement par la neige qui le sépare de ses parents. Le paysage immaculé et la lenteur monotone de la conduite entraînent le narrateur dans une sorte de torpeur envoûtante qui contamine le lecteur, lui fait ressentir cette fatigue blanche et l’émotion qui envahit peu à peu les pages.
Critique à lire ici.

Lire pour la nostalgie d’hier

À emballer de papier kraft ceint de dentelle

Les années, Annie Ernaux

À offrir à nos mères et à nos grand-mères, cette biographie discrète qui tait son nom, entremêle histoires intime et sociétale. Des énumérations, des phrases brèves et précises décrivent la vie d’hier, tandis que des intermèdes poétiques et complexes évoquent des clichés jaunis, l’interrelation entre souvenirs et identité.
Critique à lire ici.

Les Cazalet, Elizabeth Jane Howard

Présents dans toutes les sélections de Pamolico, les Cazalet seront là pour un dernier Noël puisqu’ils vivent ce qui ressemble à des fêtes d’au-revoir dans l’ultime tome de cette saga, La fin d’une ère. Les adieux serrent le cœur mais, pour nous consoler, la Table Ronde a créé un coffret, à lire et relire (à offrir aux autres et à soi-même).
Critique à lire ici.

Crossroads, Jonathan Franzen

Jonathan Franzen se replonge dans son adolescence, dans l’Amérique d’alors, et crée une famille nucléaire. Il examine minutieusement la psychologie de chacun de ses personnages et leur interaction avec le reste du foyer, son ironie légendaire mâtinant leur humanité de ridicule.
Critique à lire ici.

Le festin, Margaret Kennedy

Margaret Kennedy imagine un drame relaté dans les premières pages puis revient sur les jours le précédant, faisant de ses personnages des allégories de chaque péché capital. Cette tragi-comédie est portée par un ton acerbe et parfois cruel qui, derrière les vagues et le sable, laisse deviner les schismes de la société anglaise d’après-guerre.
Critique à lire ici.

Que reviennent ceux qui sont loin, Pierre Adrian 

Les vacances en Bretagne, la maison et la mer de l’enfance, les souvenirs qui envahissent le narrateur à peine poussées les portes de la vieille bâtisse. Pierre Adrian raconte l’innocence qui s’enfuit, le temps qui passe tout en restant immobile, l’âge qui avance et les lieux qui changent à jamais alors que l’âme aimerait demeurer et retrouver ce refuge chaque année.
Critique à lire ici.

Le Royaume désuni, Jonathan Coe

La nostalgie britannique colonise les pages de ce dernier roman de Jonathan Coe, rythmé par les moments fédérateurs et clivants vécus par la société anglaise ces cinquante dernières années. Les Lamb sont attachants, humains dans leur différence.
Critique à lire ici.  

Lire pour les larmes et la poésie lunaire

À entourer d’un ruban étoilé

Ton absence n’est que ténèbres, Jón Kalman Stefánsson

Stefansson comprend l’âme humaine, se saisit de ses idiosyncrasies avec sa sensibilité à fleur de peau et les confronte aux landes émeraude d’Islande. Il mêle les époques et les personnages, sublime l’ordinaire de sa plume empreinte de poésie. Un cadeau précieux.
Critique à lire ici.

Bleu nuit, Dima Abdallah

Dima Abdallah, avec une infinie finesse, raconte un homme qui vit dans la rue et erre, se satisfaisant des minuscules surprises que lui offre la ville chaque jour, des odeurs chaudes associées aux femmes qu’il croise. Il oublie le Liban et ce qu’il a vécu, se réfugie dans la grisaille bétonnée, les saveurs du café brûlant et la douceur de la mie blanche.
Critique à lire ici.

L’été où tout a fondu, Tiffany McDaniel

Tiffany McDaniel parachute un soi-disant Lucifer de dix ans dans l’Ohio, un état de la Bible Belt raciste et refermé sur lui-même. La peau noire et les yeux verts, Sal a davantage un visage d’ange qu’un sourire diabolique et son amitié enfantine avec le narrateur en fait un personnage jeune et terriblement attachant – mais les habitants de Breathed préfèrent fermer les yeux sur ces preuves d’humanité. Les métaphores et la poésie de la plume renforcent le message de tolérance porté par ce roman d’une beauté déchirante.
Critique à lire ici.

Homéomorphe, Yann Brunel

Histoire d’un père et de ses fils à jamais incompris, fresque sociétale soviétique en arrière-plan, romance, quêtes policière et identitaire, déclaration d’amour de la langue française aux mathématiques, ce roman magnétique est d’une beauté inouïe, sans précédent. Une anomalie d’une splendeur et d’une élégance rares.
Critique à lire ici.

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16 réflexions sur “Noël 2022 – livres en pagaille

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