Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway

Un vieux pêcheur prend la mer, plein d’espoir même si, depuis des jours, il revient les mains vides. Il est seul sur son bateau ballotté par les vagues, attendant que des poissons mordent. Lorsque sa ligne se tend, Santiago se réjouit : un marlin monumental a été hameçonné. C’était sans compter sur la force vitale de cet animal marin, sur la puissance océanique et la petitesse humaine.

Dans ce bref classique lauréat du Pulitzer 1953, Ernest Hemingway relate un combat entre la nature et le prédateur bipède, entre le vieil homme et la mer. Ce n’est pas simplement contre le poisson que se bat le héros, mais presque contre la mort. Il s’accroche à sa ligne comme à la vie, refuse d’abandonner, ambition, courage et détermination se cofondant, fusionnant dans le corps de Santiago pour qu’il ne s’épuise pas tout à fait. Derrière cette lutte presque fraternelle, le protagoniste voyant ce poisson comme un ami, le propos de l’auteur semble ici être plus profond, toucher à cette idée de sublime au sens premier du terme : l’espèce humaine n’est rien face aux éléments dont elle tire pourtant sa subsistance, face à la mer que Santiago nomme à l’espagnol mais en choisissant de modifier son genre. El mar sera la mar, parce que les flots ne peuvent être que féminins dans leur inconstance, leur grandeur versatile et indomptable. L’homme est seul lorsque la mort approche, seul face à lui-même et à ses pensées qui se fatiguent, s’obstinent ; la jeunesse est loin, inaccessible. Manger, somnoler, prier et attendre, tâcher d’être plus patient que ce marlin n’est combatif et espérer que la mer ne rafle pas son dû, cède comme toute chose doit céder à l’homme.

Ernest Hemingway prend soin d’évoquer aube et crépuscule qui se succèdent, laissant de plus en plus de place au monologue intérieur du vieil homme dans des phrases simples mais plus longues que l’anglais classique ne le permet habituellement. La lumière, le ciel et les créatures aquatiques rendent Santiago minuscule, aussi petit que Paul Lynch imagine Hector et Bolivar dans Au-delà de la mer – mais eux sont deux face à l’onde, même si ce n’est le souhait ni de l’un ni de l’autre.

Ernest Hemingway – Le vieil homme et la mer
[The Old Man and the Sea]
Disponible en poche chez Folio
Parution originale en 1953
149 pages
6,60 euros

Ils/elles en parlent aussi : Julie Gorsky. Moka. Aux bouquins garnis

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12 réflexions sur “Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway

  1. Pour moi, un très beau livre, plus riche qu’il n’y paraît. Il peut se lire à plusieurs degrés, ce qui en fait un livre « total » pour moi. Je l’ai lu à mon fils, il avait 7 ans je crois, un peu chaque soir. Il s’en souvient encore, il était complètement capté par cette histoire et attendait le soir avec impatience. Car il ne faut jamais sous estimer les enfants ! 🙂

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    1. Oui, c’est vrai qu’il y a plusieurs niveaux de lecture et ce côté universel forme sans doute l’un des points forts du roman même si j’ai été surprise par la simplicité de la plume. (Exvellente idée que de lire aux enfants des classiques accessibles petit à petit !)
      Maintenant il faut que je m’attaque à d’autres romans d’Hemingway 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Mon article sur « le vieil homme et la mer » n’est pas encore paru, je l’ai planifié pour l’été prochain. Pour le côté poétique je trouve tout de même que l’écriture et l’histoire en elle même ont comme une grandeur antique (j’ai parfois pensé à Homere). Bonne journée à vous

        Aimé par 1 personne

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