La maison en pain d’épices, Jennifer Egan

Dans La maison en pain d’épices, Jennifer Egan imagine notre monde transformé par une invention consistant en une sorte de réseau social fait non pas de photographies mais de souvenirs. En échange de l’externalisation de la mémoire d’individus volontaires, ces derniers ont accès au passé des autres membres de OwnYourUnconscious et peuvent visionner leurs propres souvenirs à volonté, mais aussi ceux des autres. Cet élément dystopique de La maison en pain d’épices y est à la fois central et accessoire. En effet, la technologie fait partie intégrante de la vie des nombreux protagonistes – elle les relie puisque ce roman choral fonctionne à la manière d’un recueil de nouvelles où chaque personnage est connecté – mais le système n’est qu’à peine expliqué, de même que les antisystèmes ne sont qu’évoqués brièvement. Ils se révèlent ainsi tout aussi mystérieux que ce livre semblable à un trombinoscope interactif, maison aux murs de pixels qui abrite des hommes et des femmes d’horizons divers, des rêveurs et des nerds, des espions et de riches producteurs, des enfants et des addicts – certains déjà nommés et introduits dans Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, lauréat du Pulitzer 2011.

L’autrice crée un réseau de personnages aussi complexe qu’une ligne de code. Les liens entre eux sont simplement suggérés ; chacun apparaît, disparaît et réapparaît au fil des pages, tandis que la narration bascule de la troisième à la première personne du singulier, du passé au présent, de colonnes d’aphorismes à des mails qui se croisent et se répondent en passant par un récit plus classique. Cette construction ambitieuse cherche le lecteur, le défie et le mène d’un bout à l’autre du spectre coloré qu’est ce monde qui ressemble au nôtre tout en en étant différent. Si cette structure tentaculaire est un véritable tour de force, elle nécessite une attention de tous les instants et une appétence pour les jeux de puzzle. Les énigmes et les questions sont plus nombreuses que les réponses mais les pages de La maison en pain d’épices défilent, étonnamment difficiles à quitter des yeux, en cela si similaires aux écrans dont elles dénoncent l’influence de manière sous-jacente.

Merci aux éditions Robert Laffont qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Jennifer Egan – La maison en pain d’épices
[The Candy House – traduit par Sylvie Schneiter]
Robert Laffont
29 septembre 2022 (rentrée littéraire d’automne 2022)
396 pages
22 euros

Ils/elles en parlent aussi : Sheppard

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