Deux secondes d’air qui brûle, Diaty Diallo

Peut-être trop manichéen là où Les misérables de Ladj Ly ne prenait pas parti, Deux secondes d’air qui brûle n’en assume pas moins cette iniquité. Ce livre traverse cette rentrée littéraire 2022 comme une comète fulgurante, étincelante, vibrante, brève traînée de poussière en feu dans l’azur. Ce premier roman est narré par Astor, un jeune homme qui vit entre les barres d’immeubles entourant la pyramide-repère, la pyramide-cœur de place, si semblable à celle de la Place des Fêtes, dans le XIXème arrondissement de Paris, démantelée il y a peu. La musique sur laquelle danse Astor, qui le porte, lancinante, hachée, sourd des mots de Diaty Diallo, aussi poétiques qu’argotiques. Verlan, extraits de chansons rappées, de vers anglais, français et descriptions stratosphériques d’une vie microscopique se mêlent dans un ballet fascinant, mélopée envoûtante et magnétique. Le ciment se métamorphose en étoile, en fleurs et en tapis herbeux. À la laideur grise et naturaliste se superpose un filtre qui change les couleurs et les sons, s’imprime un buvard synesthésique absorbant la grisaille, brouillant les frontières entre les sensations. Les notes de musique deviennent des teintes éclatantes, les couleurs se transforment en charivari harmonieux, fluide et abrupt, martelé. Les phrases courtes de la primo-romancière portent une signature rythmique et métaphorique certaine, une émotion qui explose dans l’énoncé final, monologue entrecoupé mais aqueux, incontrôlé, à la manière de hoquets chagrins unifiés par un même torrent de larmes.

Diaty Diallo, ancienne élève de Pierre Bayard tout de même, raconte un drame de cité ou de quartier qui devrait être le drame d’une nation, une bavure policière qui a tout de la violence réfléchie, faisant sienne la douleur d’une famille de sang et de béton. Astor et ses amis traversent cet été trop chaud sous un ciel de plomb, obscurci par la présence de policiers qui rôdent et arrêtent, maltraitent et abusent, empêchent de vivre libre.

Ce roman était en lice pour le Goncourt 2022.

Merci aux éditions du Seuil et à NetGalley pour cette lecture.

Diaty Diallo – Deux secondes d’air qui brûle
Seuil
19 août 2022 (rentrée littéraire d’automne 2022)
176 pages
17,50 euros

Ils/elles en parlent aussi : Les monstres. Patricia. Sur la route de Jostein. Mes maux dits. Les Carpenters racontent. Vagabondage autour de soi

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6 réflexions sur “Deux secondes d’air qui brûle, Diaty Diallo

  1. Ping : Diaty Diallo – Deux secondes … | vagabondageautourdesoi

    1. Peut-être faut-il avoir l’habitude d’entendre ou de lire des mots de l’argot d’aujourd’hui, mais ce mélange avec la musique et la poésie est superbe. Il apporte un peu de profondeur et de sentiments à l’histoire en tant que telle (qui aurait pu en dégager encore davantage d’ailleurs, c’est étonnant vu le sujet).
      Donc rien que pour le style, si tu n’as pas peur d’une langue étrange, je te le conseille vivement !
      Où as-tu lu un avis négatif, que j’aille voir ça ? 🙂

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  2. Si ce roman avait été écrit comme cette chronique il m’aurait sans doute plu. J’ai été plus qu’agacée par l’écriture. Quand Diaty Diallo oublie d’écrire en langue « jeune de banlieue », on s’aperçoit qu’elle sait très bien manier le français classique.
    Les personnages trop caricaturaux ne m’ont pas émue, alors que j’aurais dû l’être. Et c’est dommage.

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