Que reviennent ceux qui sont loin, Pierre Adrian

Pierre Adrian écrit cette nostalgie des jours enfuis, cette amertume de l’enfance évanouie, de l’innocence plus tout à fait pure. Il souhaite Que reviennent ceux qui sont loin, comme son narrateur – lui, peut-être – est revenu après être resté à mille lieues de cette grande maison bretonne où, petit garçon, il a pourtant passé toutes ses vacances. Les meubles sont toujours là, les objets n’ont pas bougé. La poussière en suspension dans l’air semble être elle aussi identique à celle qui flottait vingt ans plus tôt, de même que la langueur qui étire les journées au bord de la mer, que l’ennui des jours de pluie. Alors que s’ouvre le roman, le héros revient, pousse le portail blanc qui donne sur le jardin et l’arrière de la bâtisse en pierre, camouflé d’hortensias bleu pervenche, et réalise que l’immobilité, l’immuabilité n’existent pas. Tout s’achève comme l’arrivée de septembre tâche de le lui faire comprendre depuis son plus jeune âge. Les souvenirs que renferment la grande maison, qui surgissent sur le chemin de la plage ou çà et là sur les sentiers, tiennent à ces lieux de l’enfance qui pourraient bien disparaître en même temps que les vivants – s’évanouir ou bien être revendus, comme les vieux magasins de village remplacés par du béton. Cependant, les sensations d’hier sont toujours là, les odeurs salines et minérales de la Bretagne, piquantes de la vieille maison, les chansons que repassent inlassablement les bars, les cœurs lourds à l’idée des au-revoir et des fins.

Pierre Adrian relate donc un été, celui de la redécouverte, des remembrances ou des dernières fois. En s’attachant à faire vibrionner une foule d’enfants, il porte un regard mélancolique sur ces moments perdus, sur ces aventures de gamins qui n’excitent plus son narrateur de trente ans. Jean, le petit neveu auquel il s’identifie le plus, a les yeux pleins de larmes à la moindre contrariété, les genoux égratignés et des étoiles dans les yeux quand éclatent les girandoles dans le ciel noir du 15 août. De même que les déferlantes et leur valse répétitive, il symbolise le renouveau perpétuel, cette idée que rien ne dure mais que tout perdure et se perpétue. C’est autour de cette idée qu’est construit Que reviennent ceux qui sont loin, de cette tristesse latente et âpre, regret d’une douceur à jamais envolée.

Ce roman est en lice pour le Prix Interallié 2022 et le Grand Prix de l’Académie Française.

Pierre Adrian – Que reviennent ceux qui sont loin
Gallimard
18 août 2022 (rentrée littéraire d’automne 2022)
192 pages
20 euros

Ils/elles en parlent aussi : Mangeur de livres. La librairie d’Hélène. Le murmure des âmes livres. Lectures de rêves. Les chroniques de Coco. Patricia. Joellebooks. Vagabondage autour de soi. La culture dans tous ses états. Bibliofeel. Charlotte Parlotte

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19 réflexions sur “Que reviennent ceux qui sont loin, Pierre Adrian

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