Ainsi pleurent nos hommes, Dominique Celis

Erika écrit à sa sœur, Lawurensyia, à propos de son amour pour Vincent, de leur histoire étrange, entre éloignement et attirance, d’événements qui se sont produits des années plus tôt. Cette structure faussement épistolaire, presque à la manière d’un journal intime, étonne, perturbe la temporalité puisque le récit est ainsi déchiré entre un aujourd’hui sans véritable tangibilité et un hier attaché à une antériorité sanglante – le génocide rwandais pèse sur les consciences, sur les corps, sur les cœurs. Erika vit à Kigali, navigue entre les silhouettes de ses amis devenus ses frères et sœurs de substitution. Elle raconte ses atermoiements amoureux à sa Lo sans que cette manière de raconter ne se justifie jamais vraiment.

Dominique Celis s’inspire de son vécu, de son histoire pour créer Erika, entre Rwanda, Congo et Belgique, signant un premier roman qui parfois semble fait de vers libres. Si celui-ci a beaucoup de défauts, la plume de l’autrice n’en est pas moins prometteuse, portée par une certaine rage incandescente. Ainsi pleurent nos hommes prend le prétexte d’une histoire de cœur, de passion, pour évoquer, à la fois de manière périphérique et centrale l’Histoire de ce pays africain à la terre de sang – tout en découle, tout y est lié, même la façon dont pleurent les hommes, mais elle n’est que rarement abordée frontalement. Dominique Celis parle aussi et surtout des relations humaines, des liens amicaux qui se créent et ne se défont pas, comme moyen de court-circuiter les événements de 1991, les morts, les trahisons, les viols. Pourtant, Erika n’est pas vraiment touchante, pas tout à fait, ni même les hommes et les femmes qu’elles croisent, trop nombreux, trop volages. Elle reste incomplète, sans doute parce que son existence est livrée par bribes, sans chronologie, sans véritable cohérence pour qui n’a pas vécu sa vie.

Merci aux éditions Philippe Rey qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Dominique Celis – Ainsi pleurent nos hommes
Philippe Rey
25 août 2022 (rentrée littéraire d’automne 2022)
284 pages
20 euros

Ils/elles en parlent aussi : Le Carnet et les instants

Une réflexion sur “Ainsi pleurent nos hommes, Dominique Celis

  1. Ping : 10 romans de la rentrée littéraire 2022 – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s