Chouette, Claire Oshetsky

Chouette, dont Jean Hegland est la marraine, est une sorte de fable, ou plutôt de conte où le merveilleux aurait été remplacé par le sinistre, le macabre. Claire Oshetsky prête sa voix à la narratrice, mère d’une enfant différente, ailée et sauvage. Une enfant-chouette, une enfant tueuse. Les premières pages, mettant en scène la grossesse de Tiny, ont quelque chose de ridicule tant elles s’éloignent d’une quelconque norme, mêlant le fantastique à notre monde de façon incongrue. Cependant, à mesure que les chapitres se suivent, que le bébé naît, une certaine sagesse étrange s’en dégage, une morale derrière le surnaturel. L’acception de la nature du roman se fait lentement, parallèlement au parcours mental de Tiny qui fait la paix avec son enfant, qui apprend à l’aimer en occultant sa haine première et primale.

L’autrice, pour dire la difficulté d’être parent d’une fille qui n’est pas pareille que les autres, a donc choisi de s’éloigner du réalisme, manière peut-être plus vraie qu’un compte-rendu autobiographique. Lire Chouette, c’est ainsi plonger dans un récit perturbant et perturbé qui dénonce l’importance que la société confère aux normes, à la normalité, qui aborde, en filigrane, des questions éthiques. L’écriture de Claire Oshetsky est brute, ses phrases courtes et vives, certaines même entêtantes malgré leur bizarrerie désolée. Le « mari » devient bientôt le « père » alors que la mère s’adresse à son enfant-chouette, acceptant peu à peu sa nature et tâchant de lui permettre de devenir celle qu’elle doit être – au-delà du système qui régit nos vies, au mépris des lois et de l’insistance de son compagnon à rendre Chouette normale. Ce roman qui met mal à l’aise est donc aussi un hymne à la maternitéhymne discordant, distordu mais hymne malgré tout. Derrière ses concepts aux accents fantastiques, ses personnages béotiens qui entourent Tiny et sa fille, l’autrice dit l’éloignement du soi, la prévalence des besoins de l’enfance, l’effacement des parents au profit de la jeune étrangeté arrivée dans le foyer.

Merci aux éditions Phébus qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Claire Oshetsky – Chouette
[Chouette – traduit par Karine Lalechère]
Phébus
25 août 2022 (rentrée littéraire d’automne 2022)
288 pages
21 euros

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