La fille de l’Ogre, Catherine Bardon

Après la saga des Déracinés, Catherine Bardon retourne en République Dominicaine et balaye tout le XXème siècle, sur les traces de Flor de Oro, la fille de l’Ogre des Caraïbes. Elle la suit de ses neuf ans à sa mort, de San Cristóbal à Paris, de Paris à Ciudad Trujillo, de Ciudad Trujillo à New-York, de New-York à Berlin, de Berlin à la République Dominicaine, de l’Hispaniola à Rome, jusqu’au Canada, sauts de puce et sauts d’océans inlassables, même si elle a son île dans la peau, ses odeurs, ses couleurs, son soleil. Biographie romancée, ce livre consiste en réalité en une succession d’ellipses, sorte de chronique qui presque jamais ne s’appesantit sur une scène en particulier. Comme Flor qui va de mariage en mariage, forcée par son père qui ne tolère aucune liaison sans alliance, Catherine Bardon va de saisons en saisons, passant plusieurs années, résumant un quotidien ennuyeux par quelques phrases laconiques.

Ceci dit, la vie-même de l’aînée Trujillo n’est qu’une ribambelle de voyages, de convolages malheureux, un tourbillon d’alcool et de sentiments écœurants qui tournoie, encore et encore, l’Histoire se déroulant en toile de fond, tantôt récitée en une recension clinique de quelques pages, presque parenthèse dans le récit, tantôt à peine évoquée. Le nazisme et la Seconde Guerre Mondiale sont balayés bien trop vite, bien trop discrètement contrairement aux aventures sans fin de Flor. À la fois palpitante et extrêmement répétitive selon l’angle de vue adopté, sa triste existence, marquée par l’autocratie paternelle – père dictateur familial autant que tyran de l’île – est condensée ici en quatre cents pages. Son amour de jeunesse ne laissera jamais son cœur en paix, ni même ses espoirs maintes fois brisés d’enfin obtenir la reconnaissance de son père, des échardes d’amour qu’il ne consentira presque jamais à laisser la piquer. En dehors de cela, Flor est creuse, sans consistance, Catherine Bardon s’échinant à décrire chacun de ses aller-retours – puisque chaque butinage la ramène à son point de départ, à Ciudad Trujillo, sous le joug de son père pourtant indifférent. Flor se démène mollement pour se défaire de l’emprise des hommes de sa vie, empêtrée dans son alcoolisme et dans son anorexie, presque caractérisée uniquement par ces deux maladies et par ses vaines et timides tentatives libertaires.

Merci aux éditions Les Escales et à NetGalley pour cette lecture.

Catherine Bardon – La fille de l’Ogre
Les Escales
18 août 2022
416 pages
21 euros

Ils/elles en parlent aussi : Lire est le propre de l’homme. Des livres aux lèvres. Patricia. Petite étoile livresque. Valmyvoyou lit. Fflo la dilettante. Les chroniques de Koryfée. Lili au fil des pages. The unamed bookshelf. Les livres d’Ève. Christl bouquine

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6 réflexions sur “La fille de l’Ogre, Catherine Bardon

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