La persuasion des femmes, Meg Wolitzer

Ce roman choral, hymne à la féminité, hommage aux femmes, commence comme un Normal People élaboré et profond. Plus complexe, moins linéaire que le roman de Sally Rooney, le premier tiers de La persuasion des femmes met en parallèle l’existence de Greer et celle de Cory, en couple depuis la terminale. Ils sont désormais chacun dans une université, séparés par la distance et par la différence de rang entre Princeton où étudie Cory, et Ryland où a échouée Greer. Pourtant, dans ce bourg ridicule et méprisable d’après les propos de la principale concernée, est organisée une rencontre avec Faith Frank, la célèbre féministe, qui change la vie de la jeune femme timide, studieuse et introvertie que Greer était jusqu’alors. Leur relation est finement décortiquée, tandis qu’en filigrane, Meg Wolitzer initie la métamorphose de Greer, dispose les éléments nécessaires au tournant que prendra sa vie et prépare la métamorphose de son livre, le lent glissement vers la mosaïque féminine émaillée d’histoire ainsi que d’un humour sincère et discret.

Bientôt, la voix de Zee, meilleure amie de Greer, et celle de Faith Frank en personne rejoignent ce chœur alors que le temps passe, la chronologie étant entrecoupée d’analepses qui ancrent davantage les héros dans leur histoire, dans leur passé, en font des personnages construits et denses. Ce sont Greer et Faith Frank qui gravitent au centre de ce livre, soutenues par la présence bienveillante de Cory et par l’assurance désinvolte de Zee, sans qui rien n’aurait été possible. Ainsi, elles sont là, immuables, parfois en arrière-plan, parfois sur le devant de la scène, prêtes à jouer un rôle dans la lutte féministe actuelle – Greer doit s’éveiller à elle-même, Faith, se réinventer, dépasser la défaite liée à l’Equal Right Amendments – dont il est tant question dans la série Mrs America – et tout ce combat d’hier, toujours actuel mais paradoxalement dépassé.

Meg Wolitzer joue avec la chronologie sans que rien ne semble alambiqué ou superficiel. Le temps s’accélère, puis ralentit, recule alors que la focalisation bascule, mais fluidité et logique sont de mises. L’autrice sait donner du rythme aux dialogues, mais aussi créer de véritables personnalités, offrir une consistance à ses protagonistes d’encre. Dans La persuasion des femmes, elle invente des héroïnes très différentes qui se frottent les unes aux autres et changent en se rencontrant et en se quittant, construites par ces sœurs dont le destin croise le leur. Critique sociétale, réflexion féministe et politique, morale, ce roman dépeint une époque et parvient à le faire grâce au portrait fin et nuancé de ces hommes et de ces femmes qui grandissent et évoluent, chacun à leur manière, façonnés par leurs semblables, leurs dissemblables et par les aléas qui les malléent.

Meg Wolitzer – La persuasion des femmes
[The Female Persuasion – traduit par Jean Esch]
Rue Fromentin
Juin 2019
434 pages
23 euros

Ils/elles en parlent aussi : Pasion de la lectura. Orlane and books

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