Les saisons et les jours, Caroline Miller

Les saisons et Les jours emporte le lecteur dans l’Amérique rurale du XIXème siècle, tandis que la vie suit lentement son cours. Caroline Miller, Géorgienne lauréate du Pulitzer en 1934 pour ce livre, plonge ainsi dans la campagne états-unienne, dans le quotidien des petites gens régi par l’impitoyable loi du plus fort – ou bien par Dieu, en tout cas le croient-ils, badigeonnant le quotidien de leurs prières brouillonnes avant qu’un pasteur représentant de l’église chrétienne de la nouvelle lumière ne vienne mettre de l’ordre dans leur foi. Elle précède ainsi Margaret Mitchell qui remporte le Pulitzer l’année suivante, elle aussi originaire de cet état peu à peu colonisé en ce XIXème siècle qui voit les Indiens être chassés, les pionniers s’installer et envier secrètement ces riches propriétaires de la Côte qui peuvent se payer des esclaves.

L’autrice se focalise sur Cean, depuis son mariage alors qu’elle est adolescente, jusqu’à ses vieux jours, faisant courir son roman sur près de trente ans, roman qui pourrait presque servir de prélude à Chant des plaines de Wright Morris, National Book Award 1981. Après un incipit dont l’atmosphère n’a rien à envier à la pastorale, entre branches alourdies de bourgeons et champs prometteurs, les naissances se suivent, page après page, ellipse après ellipse, leur succession bientôt interrompue par les morts, presque aussi nombreuses. L’existence de Cean et des siens est rythmée par le passage du temps, par le cycle de la vie, inéluctable, aussi indolent qu’inexorablement rapide alors que l’Histoire se met en branle, indifférente à eux, eux-mêmes n’y prêtant guère attention.

C’est l’histoire d’une famille paysanne et de ses différents membres qui est relatée ici, des mariages arrangés, des enfances fauchées par la maladie ou le feu, des récoltes et du travail de la terre qui accapare le corps et l’esprit. Caroline Miller centre son roman sur les femmes, condamnées à servir leur époux et à porter des enfants, à subir le courroux des pères et des frères et à faire taire les caprices de leur cœur. Difficile de parler de féminisme ici, mais bien davantage d’une conscience douloureuse de la condition du « sexe faible », d’une résignation amère mais jamais remise en cause. Miller combine d’ailleurs elle-même son rôle de mère au foyer et ses activités de femme de lettres sans ciller.

La nature est l’héroïne des Saisons et des jours, bien plus que ces femmes malmenées par leur homme et par leur chair. Chaque paragraphe, chaque comparaison sont prétextes à de longues descriptions des fleurs et des arbres, des semailles et des oiseaux, intimement liés aux héros qui dépendent des humeurs inconstantes, des folies de leur lieu de vie. Entre lyrisme, pastorale et naturalisme régionaliste, ce roman se penche ainsi sur toute une époque qui prend fin avec la Guerre de Sécession, en 1860. Nécessairement daté, il adopte à la fois un rythme trop vif et trop alangui, reflétant cependant la substance intangible du temps et l’existence sans fard des campagnes américaines de cette époque.

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

Caroline Miller – Les saisons et les jours
[Lamb in His Bosom – traduit par Michèle Valencia]
Belfond Vintage
24 mars 2022 (réédition)
437 pages
14 euros


Ils/elles en parlent aussi : Dealer de lignes. Christlbouquine. D’une berge à l’autre. Daily passions

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