Là où sont les oiseaux, Maren Uthaug

Battu par les vents, balayé par les déferlantes, le phare de Kjeungskjaer, au large d’Uthaug en Norvège, est le théâtre de drames familiaux dignes des tragédies antiques. Marie et Johan y vivent, l’une dans la cuisine, l’autre en haut de la tour, dominant l’océan glacé. Darling et Valdemar, leurs enfants, s’ébattent sur la rive, jouent avec les galets. Mais sur la côte, au cœur de la petite ville d’où viennent le gardien de phare et son épouse, dans le hangar à bateaux, là où sont les oiseaux, se nouent et se dénouent des relations dangereuses mettant en péril la réputation de la famille et surtout, la santé mentale des parents et celle de leurs descendants.

Maren Uthaug met en scène ce qui s’apparente à un huis-clos claustrophobique – l’Homme est rendu aux éléments, dévoré par les rafales, les vagues et les tours du sort. L’auteure joue avec le passé de cette presqu’île, avec l’ironie dramatique, métamorphose les codes du naturalisme et de la tragédie, en trois actes cette fois. Elle fait le récit de la vie familiale perçue par le père, puis par la fille et enfin par la mère, chacun amenant un éclairage nouveau sur les événements, achevant de bouleverser l’ordre des choses et de souiller la pureté d’esprit du lecteur. Les dieux s’amusent de ces êtres de chair si faciles à duper, à balayer de la surface terrestre. Une malédiction semble ainsi peser sur Johan, Marie, Darling et Valdemar, l’hérédité et l’hamartia tragique faisant de leur existence une suite de calamités annoncées. Malgré la lenteur du temps, Là où sont les oiseaux est rythmé par les révélations qui s’esquissent au fil des pages et par l’horreur grandissante. Les arêtes des rochers, le sel piquant des flots déchaînés, la pluie battante, les bourrasques glaçantes font de ces hommes et de ces femmes des silhouettes vierges de bonté, desséchées, brûlées par leur amour impossible, joints par le hasard, par l’ironie diabolique du destin. La plume de Maren Uthaug est moins aride que le caractère des personnages qu’elle dépeint, plus équilibrée. Une nouvelle fois, Gallmeister édite un titre qui fait montre de toute la bassesse de l’homme, animal social livré à sa nature première.

Merci aux éditions Gallmeister qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont contribué à enrichir Pamolico.

Maren Uthaug – Là où sont les oiseaux
Gallmeister
7 octobre 2021 (rentrée littéraire 2021)
368 pages
23,60 euros

Ils/elles en parlent aussi : Read look hear. La flibuste des rêveurs. Worldcinecat. Mes échappées livresques

12 réflexions sur “Là où sont les oiseaux, Maren Uthaug

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