Feu, Maria Pourchet

La langue de Maria Pourchet est habitée d’un feu ardent qui flambe, virevolte, s’envole vers le ciel, porté par son irrévérence. Le sujet de son roman est certes banal – l’adultère, les écrivains aiment à en parler, à décortiquer les émotions et le désamour, la décristallisation amoureuse gidienne en parallèle de la cristallisation stendhalienne. Pourtant, le ton de Feu en fait un livre singulier, flamboyant, plein d’une énergie à la fois rafraîchissante et émouvante.

Laure, professeure mariée et mère de deux filles, tombe amoureuse de Clément, banquier célibataire et père d’un bouvier-bernois qu’il adore et à qui il s’adresse. Les deux focalisations s’alternent : tantôt Laure est l’héroïne de ces pages, destinataire de passages rédigés à la seconde personne du singulier, tantôt Clément s’exprime, raconte ses malheurs à Papa, son chien. La passion embrase, fulgurance passagère dont les braises ne permettent pas forcément à l’amour de prendre feu. La vie de famille relaie le quotidien d’un homme riche mais désespérément seul, réconforté par son animal de compagnie, seul ami, le regard sans fard que Maria Pourchet porte sur la société se déployant ainsi sur divers tableaux.

Le rythme est changeant, enlevé, alternant entre phrases courtes et phrases longues. La plume est ainsi à la fois déliée et hachée, marquée par de nombreuses énumérations et un ton à la fois désabusé et verbeux. Étonnamment, ces contraires s’assemblent aussi parfaitement que deux corps faits l’un pour l’autre, permettant à cette classique histoire d’amour de se détacher de ses prédécesseuses. Sa farouche insolence est saupoudrée d’humour noir et d’un cynisme mordant, assurément les points forts de Feu, loin de tout romantisme aseptisé et bien plus proche d’une tragédie modernisée à laquelle une ironie charmante aurait été insufflée.

Ce roman est en lice pour le Prix Goncourt, le Prix Renaudot, le Prix de Flore et le Prix Décembre.

Merci aux éditions Fayard et à NetGalley pour cette lecture.

Maria Pourchet – Feu
Fayard
18 août 2021 (rentrée littéraire 2021)
360 pages
20 euros

Ils/elles en parlent aussi : Les Carpenters racontent. L’ourse bibliophile. Animal lecteur. Le petit poucet des mots. Ffloladilettante. Mes p’tits lus. Lili au fil des pages. J’ai 2 mots à vous dire. Voyages de K. Trouble bibliomane. The unamed bookshelf. La plume de l’hirondelle. La flibuste des rêveurs

13 réflexions sur “Feu, Maria Pourchet

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