Blizzard, Marie Vingtras

Perdus en Alaska, en plein blizzard, les héros de ce premier roman tournent en rond, entre présent et passé, tâchent d’apercevoir l’horizon, de percer les limbes cotonneux qui les entourent, eux et leurs souvenirs. Bess est sortie de chez elle, tenant la main d’un enfant, avant de le perdre dans la tempête. Benedict part à leur recherche, accompagné de Cole, un homme des cavernes misogyne et raciste, fort peu recommandable. Freeman, lui, est cloîtré dans sa maison avec son chien, attendant que le vent tombe, sans rien savoir de ce qui agite ses voisins, sans se douter qu’ils sont dehors, sous la neige, prêts à geler dans le froid. Les voix des quatre protagonistes s’alternent, chacun prenant la parole tour à tour pour relater les événements présents tout en revenant sur leur histoire. Leur caractère se dessine peu à peu, ils deviennent attachants, prennent de la matière, gagnent en profondeur et en épaisseur alors que les pages se tournent. Marie Vingtras parvient en outre à leur conférer une personnalité propre en faisant évoluer son style en fonction du personnage qui est sur le devant de la scène.

Peu à peu, les lignes se dessinent plus clairement, le croisement des destins apparaît dans toute son intelligence. Le passé de tous s’esquisse par bribes tandis que le froid ravive les mémoires, fait remonter des blessures à la surface. Le vétéran qui a connu le racisme et la bêtise humaine, l’ours des bois qui a perdu sa famille, la tête brûlée, feu follet roux qui cache sous son agitation bien des souffrances, et le bûcheron balourd et bestial se tournent autour jusqu’à ce que les existences se percutent une seconde fois, puisque tout est orchestré par le hasard – ou le destin diront certains.

Le rythme de ce brillant roman choral n’est pas linéaire, notamment grâce aux analepses. Ainsi, les accélérations soudaines ainsi que l’épaississement du mystère qui, parfois, semblable à une nappe de brouillard, laisse croire à une éclaircie, le rendent encore davantage surprenant et d’autant plus difficile à lâcher. Les signes sont disséminés ici et là, fragments d’indices brouillant encore davantage les pistes… Jusqu’à l’explosion finale.

Merci aux éditions de l’Olivier qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Marie Vingtras – Blizzard
L’Olivier
26 août 2021 (rentrée littéraire 2021)
192 pages
17 euros

Ils/elles en parlent aussi : Sab’s pleasures. La parenthèse de Céline. Julie à mi mots. Sin city. Mélie et les livres. Au fil des livres. J’ai 2 mots à vous dire

16 réflexions sur “Blizzard, Marie Vingtras

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