Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah

Rien ne t’appartient, pas même ton passé, pas même ton présent

Ce nouveau roman de Nathacha Appanah commence en France, loin des tropiques de la violence, plus proche du ciel parisien, du ciel par-dessus le toit. Le premier tiers de Rien ne t’appartient, trop étiré tant la beauté de la prose se dévoile loin de la terre d’exil, pose les bases de l’histoire à venir, prépare le sol pour accueillir les fleurs bientôt plantées. Tara, depuis la mort de son mari, n’est plus elle-même – ou plutôt, elle a tendance à redevenir celle qu’elle a enfoui au plus profond de son cœur. Enfuie de son pays de sang et de sable, contrée lointaine sous le soleil brûlant et l’égide de dieux multiples aux bras tentaculaires qui ne sera jamais nommée, Tara choit alors qu’Emmanuel part, envahie par son passé, un passé si dur qu’elle a préféré l’oublier.

Rien ne t’appartient, pas même la douleur, pas même le contexte

La plume de Nathacha Appanah embrasse les sensations de son héroïne, rend vivant l’air chaud qui souffle sur le pays, peut-être Sri Lanka, peut-être Thaïlande, ou ailleurs. Brièvement plongé dans la jeunesse de la narratrice, le lecteur découvre la source de ses névroses, palpe du bout des doigts la matière de sa vie d’avant, si douce avant de devenir si âpre. Pourtant, Tara nous reste étrangère, ne peut être cernée – étrangère, elle l’est sans doute à elle-même. Il manque un contexte, un but à tout cela, un fond à cette existence condamnée, racontée d’un bout à l’autre, dégoulinante du jus douceâtre des mangues avant d’être recouverte de guêpes attirées par le sucre, dards prêts à mordre – comme si souvent chez l’auteure mauricienne. Rien n’appartient plus à Tara-Vijaya, si ce ne sont ses souvenirs âcres, les pas de cette danse ancrés en elle, le bharatanatyam, rythmant son enfance, la redécouverte de son cœur puis la dernière partie de sa vie, dévorée de l’intérieur par celle qu’elle était et est encore malgré tous ses efforts.

Merci aux éditions Gallimard qui en contribuant à enrichir aVoir aLire contribuent également à enrichir Pamolico.

Nathacha Appanah – Rien ne t’appartient
Gallimard
19 août 2021 (rentrée littéraire 2021)
160 pages
16,90 euros

Ils/elles en parlent aussi : Sab’s pleasure. Voyages de K. Mélie et les livres. Sur la route de Jostein. Mot à mots. Lettres exprès

10 réflexions sur “Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah

    1. Oui, je suis d’accord, et même la seconde partie m’a semblé déconnectée du monde du fait de cette absence d’ancrage. D’autant que Tara reste étrangère à elle-même autant qu’au lecteur selon moi…
      Ah merci du titre ! (Je crois que j’ai vu un post y faisant référence sur Instagram, peut-être le tien d’ailleurs ?)

      Aimé par 1 personne

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