True Story, Kate Reed Petty

Kate Reed Petty, défenseuse de la vérité

C’est le récit d’une persécution, une histoire de femme qui ne parvient pas à se reconstruire sans jamais vraiment savoir s’il y a précisément lieu de se reconstruire – s’est-il seulement passé quoi que ce soit ? Le narrateur principal du début du roman est l’un des lycéens membres de l’équipe de lacrosse, ami de ceux qui, supposément, violent une fille inconsciente, Alice, sur la banquette arrière d’une voiture. Celle-ci est aussi l’une des narratrices, c’est même celle qui est censée être l’auteure de cet assemblage hétéroclite et peu harmonieux. Cette rumeur la construit, la façonne, et toute sa vie sera régie par l’emprise masculine sur sa personne.

Malgré tout, le message que porte l’auteure reste confus. Si la frontière entre fiction et réalité, entre mensonge et vérité paraît être la base de cette histoire protéiforme, elle tente aussi manifestement de se faire la porte-parole des femmes violentées et traumatisées, de montrer à quel point la reconstruction peut être compliquée et rendre instable toute existence future, empêcher tout équilibre – mais faut-il croire les victimes à tout prix, même si elles-mêmes n’ont aucun souvenir de l’événement ? En effet, d’un autre côté, d’aucuns pourraient interpréter ce livre précisément comme une injonction à respecter la présomption d’innocence…

True Story, patchwork narratif inharmonieux

True Story est un véritable patchwork, éléments disparates formant un tissu rugueux et boursouflé, pas vraiment digeste et pas vraiment esthétique non plus. Sans être un roman Frankenstein, c’est un livre qui mêle diverses voix narratives, va du « je » au « il » en passant par le « tu », donne dans le script cinématographique, insère des mails jamais envoyés mais aussi de nombreux brouillons de dissertations puis les corrections de certaines versions, tisse son histoire autour d’une narration au présent et d’une autre au passé.

Ainsi, la forme de ce roman ne lui permet pas vraiment d’être une réussite stylistique, les scenarii et autres rédactions adolescentes maladroites parasitant la plume de Kate Reed Petty – mais même dans les parties purement narratives, celle-ci semble relativement quelconque. En outre, elle adopte un ton qui sonne presque faux et peine à convaincre, oscille entre une réécriture brouillonne et médiocre du grandiose Ohio de Stephen Markley, une version peu réussie de la série You qui emprunterait parfois à Shining pour en faire une version édulcorée et presque mièvre tout en singeant brièvement le diabolique D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan – et pas que dans le titre… Ainsi, même dans ses sources d’inspiration, True Story est hétéroclite et discordant.

Merci aux éditions Gallmeister qui en contribuant à enrichir aVoir aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Kate Reed Petty – True Story
[True Story – traduit par Jacques Mailhos]
Gallmeister
19 août 2021 (rentrée littéraire 2021)
448 pages
24,60 euros

Ils/elles en parlent aussi (et sont plus convaincus) : Trouble bibliomane. Aude bouquine. EmOtionS. Read look hear

18 réflexions sur “True Story, Kate Reed Petty

  1. Alors, sur celui-là, on n’est pas du tout d’accord ! Tant mieux, il faut bien que ça arrive de temps en temps 😉
    C’est marrant, ce que tu soulignes en tant que points négatifs (le côté patchwork de l’écriture, notamment, ou les variations – volontaires – de style) constituent autant de points d’intérêt et de réussite pour moi.
    Et je pense que lire ce livre comme une dénonciation des violences faites aux femmes est une erreur, ou en tout cas une approche insuffisante de la question. Il en est question, bien entendu, mais pas seulement. Ce n’est pas le sujet du roman. Pour moi, True Story analyse les mécanismes de la rumeur et ses conséquences sur tous ceux qui la créent, la croient ou l’aliment, quel que soit leur rôle dans l’histoire. Ce n’est pas un livre à charge – ni à décharge, d’ailleurs. C’est plus subtil, plus malin, et plus original que cela.
    Bref, il faut que j’écrive ma chronique, histoire d’insister en détail sur notre désaccord 😉

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    1. J’ai hâte de te lire pour avoir une autre vision de ce roman qui m’a vraiment agacée par ce que j’ai trouvé être une certaine platitude se voulant profonde… Les variations de style sont volontaires, oui bien sûr, mais à aucun moment ce style ne décolle justement et quel que soit celui adopté, selon moi, il reste creux, semblable à un mauvais pastiche.
      Bref, curieuse de découvrir ton analyse plus détaillée 🙂

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      1. Il faut que je m’y mette, mais j’ai un peu de mal à tourner mes chroniques en ce moment… Cela prendra un peu de temps, mais on va y arriver 😉
        Et j’entends très bien tout de même ce qui a pu te déplaire – même si, paradoxalement, c’est ce qui m’a plu… Magie de la littérature 🙂

        Aimé par 1 personne

  2. Alors, sur celui-là, on n’est pas du tout d’accord ! Tant mieux, il faut bien que ça arrive de temps en temps 😉
    C’est marrant, ce que tu soulignes en tant que points négatifs (le côté patchwork de l’écriture, notamment, ou les variations – volontaires – de style) constituent autant de points d’intérêt pour moi.
    Et je pense que lire ce livre comme une dénonciation des violences faites aux femmes est une erreur, ou en tout cas une approche insuffisante de la question. Il en est question, bien entendu, mais pas seulement. Ce n’est pPour moi, ce roman analyse les mécanismes de la rumeur et ses conséquences sur tous ceux qui la créent, la croient ou l’aliment, quel que soit leur rôle dans l’histoire. Clairement, tous les personnages subissent le contrecoup de la rumeur en question, et la résolution du « mystère », pourtant secondaire,

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  3. Intéressant de lire des avis variés sur ce roman. Personnellement, comme vous l’avez mentionné, j’ai été plus convaincue ! Ce n’est pas de la grande littérature, clairement, mais pour des raisons qui ne s’expliquent pas j’ai été happée par cette intrigue jusqu’à la fin du roman. Je trouve qu’il est prometteur pour un premier roman.

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  4. Ping : 10 romans de la rentrée littéraire 2021 – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

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