Poussière dans le vent, Leonardo Padura

Des protagonistes, poussière dans le vent

Comme la poussière dans le vent, les héros de ce roman se dispersent, balayés par l’air chaud de la « Terre Brûlante », vers les quatre coins du monde. Entre hier et aujourd’hui, États-Unis, Espagne et île communiste, le lecteur suit leurs pérégrinations, les malheurs qui les frappent et qui malmènent leur amitié, pourtant indéfectible. Certes, les coïncidences qui mènent les grains de poussière à se rassembler de nouveau, moutons ensoleillés, sont heureuses, bancales sans doute, mais permettent à une fresque se déployer dans toute son intelligence.

Adela et Marcos sont amoureux. Ils vivent dans la banlieue cubaine de Miami, entouré de mots espagnols et de peaux de miel, de souvenirs qui semblent bien étrangers à la jeune femme. Née à New-York, elle n’a de cubain que la silhouette et les racines, sa mère refusant de lui révéler quoi que ce soit de sa jeunesse, des années qui ont précédé son exil. Une photographie remet tout en question, ses silences et ses secrets, fait jaillir le passé dans la narration qui bascule dans les années 1990. La mère de Marcos, Clara, et sa bande d’amis, le Clan, prennent la suite et leurs pensées font de ce récit un roman choral ample et chaleureux, oscillant entre plusieurs époques et plusieurs focalisations. Si les protagonistes semblent trop nombreux de prime abord, ils deviennent peu à peu familiers, leurs contours se dessinent, ils prennent de l’épaisseur et leurs rires chantants retentissent entre les murs de la maison de Fontanar, entre immeubles décrépis, voitures hors d’âge et plage paradisiaque, leur attachement les uns aux autres, le rhum, le café noir, le sucre de canne et la mer pleine de promesses inatteignables pour seule richesse. Il y aura les départs et les morts, les adieux déchirants et les bonnes nouvelles annoncées par téléphone, le poids des remords et du manque, manque de ce pays schizophrène, à la fois odieux et attachant, la lourdeur ressentie par ceux qui restent par conviction et par refus, bravade de cet adage – « Dust in the wind » comme le chantait le groupe Kansas.

Leonardo Padura, son île et les cubains

La chronologie de Leonardo Padura lui est propre mais, étonnamment, Poussière dans le vent est un roman fluide, sans à-coups ni ruptures malgré cette narration éclatée, en cela si semblable à celle du Colibri de Sandro Veronesi, comme embrassant la signification du titre, cette idée que l’existence humaine est aussi volatile que des grains de poussière livrés à l’air. L’absence de linéarité permet aux protagonistes de prendre davantage corps, d’être plus que de simples mots sur le papier. Leurs personnalités et leurs histoires, mêlées, se bâtissent peu à peu, lentement, alors que défilent les quelques six cents pages de ce livre. L’atmosphère de Cuba où vit toujours l’auteur, les restrictions, la faim mais l’éternelle joie de vivre et douceur de cœur des habitants, parfois ombrées de peur, soufflent sur cette quête identitaire pleine d’un charme exotique.

Merci aux éditions Métailié et à NetGalley pour cette lecture.

Leonardo Padura – Poussière dans le vent
[Como polvo en el viento – traduit par René Solis]
Métailié
19 août 2021 (rentrée littéraire 2021)
640 pages
24,20 euros

Ils/ elles en parlent aussi : America nostra. La viduité. Mademoiselle Maeve

11 réflexions sur “Poussière dans le vent, Leonardo Padura

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s