Les contreforts, Guillaume Sire

Ce roman commence comme un conte de fées, puis s’en éloigne pour y revenir très lentement, par à-coups brumeux qui bientôt se dissipent dans la fumée s’élevant des bois hantés. Cette forêt entoure les contreforts de Montrafet, château jadis monumental aujourd’hui patchwork de passé et de présent où ciment et pierres se mêlent sous l’œil torve des gargouilles. Les Testasecca y vivent depuis des générations, leur famille tentant de se montrer digne des diverses légendes liées à leurs ancêtres – mine d’or et combattants acharnés, mythes locaux et magie enveloppent ce nom d’une aura de mystère et de prestige. Pourtant, Léon, Diane, Clémence et Pierre sont ruinés et ne peuvent sauver les remparts qui les abritent et menacent de s’effondrer, de les emmurer vivants, entre pierres et nature.

Guillaume Sire relate une nouvelle fois une histoire de fraternité fusionnelle, toutefois moins poignante que celle d’Avant la longue flamme rouge. Si la plume de l’auteur a toujours cette poésie magique et envoûtante, si les fleurs et le ciel semblent émerger d’un livre merveilleux, se parent d’atours humains, mutent, mouvants, transformés par ses mots, ses personnages n’ont pas la personnalité de Saravouth, ni son charisme. Ils ne nous touchent pas autant, malgré la focalisation interne qui offre une incursion dans les pensées de chacun de ces quatre Testasecca. Leur quête est certes touchante, mais elle paraît vaine dès les premières pages, presque prétexte pour ces descriptions fabuleuses de la nature de l’enfance de Guillaume Sire, dans les Corbières, non loin de Carcassonne. Certaines pages brouillent les pistes et sa volonté de recréer des fables oniriques, abreuvant le lecteur de détails sans conséquence sur ces personnages qui l’éloignent de la pureté de la langue de l’auteur. Sans doute faut-il les voir comme des héros de conte justement, loin de toute vraisemblance mais davantage figures totémiques servant de miroir à la mythologie que tisse Guillaume Sire, de réceptacle à ses mots toujours aussi beaux et précis, à ses images qui fleurissent, naissent des nuages et des brins d’herbe, des arbres noueux et des murs de ce château, protagoniste à part entière des Contreforts, cœur du roman, palpitant sous ces pierres, cœur dissimulé dans ce labyrinthe d’obscure lumière.

Un grand merci à Guillaume Sire pour l’envoi de son roman.

Guillaume Sire – Les contreforts
Calmann Levy
18 août 2021 (rentrée littéraire 2021)
352 pages
19,90 euros

Ils / elles en parlent aussi : Les chroniques de Goliath. Lire et vous. Vagabondage autour de soi. L’art et l’être. Ju lit les mots. Lili au fil des pages. Le petit caillou dans la chaussure. Les livres d’Ève. Mumu dans le bocage. Mot à mots. Les livres de K79. Mes échappées livresques

14 réflexions sur “Les contreforts, Guillaume Sire

  1. Nous avions déjà échangé sur nos ressentis… différents. Car j’ai aimé cette histoire de fin d’un monde où le père tel un Minotaure emmené sa famille à sa perte malgré les efforts des autres membres ! Mais, c’est vrai je n’ai pas lu son précédent 😉

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  2. Ping : 10 romans de la rentrée littéraire 2021 – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

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