Lorsque le dernier arbre, Michael Christie

Michael Christie examine ici ce qui fait une famille, compare chacun de ses membres aux cernes d’un arbre venant finalement former un seul individu. Mais il s’interroge finalement : une tribu ne serait-elle pas davantage une forêt, disparate mais unie face au danger ?

Lorsque le dernier arbre embrasse la physionomie d’un arbre : là où L’arbre-monde de Richard Powers partait des racines pour arriver à la cime, il choisit l’intérieur d’un pin pour s’épanouir – des cernes extérieurs vers le cœur du végétal puis du cœur vers l’extérieur. De 2038 jusqu’à 1908, à rebours, puis dans l’ordre chronologique, de 1908 à 2038. Plusieurs romans semblent se livrer bataille, cohabitant en un seul, semblable justement à ces bois peuplés de spécimens reliés par les racines – quête originelle, roman d’aventures, roman noir, écologique, fresque familiale aux discrets accents dystopiques. Les Greenwood ont toujours été liés de près ou de loin à l’écorce et à l’odeur musqué du sous-bois, le sang devenant sève par la force des choses et par l’héritage davantage que par la génétique. Jacinda vit sur une île, entourée de résineux, l’un des rares endroits sur Terre où subsistent ces grands sages silencieux et rassurants. Trente ans avant elle, son père, charpentier, se blessait sur un chantier et laissait les souvenirs le bercer et envahir les pages – son enfance, en 1974, le van aménagé conduit par sa mère ici et là au gré de ses actions écologiques si vaines, sa rencontre avec la mère de Jacinda, altiste, ses espoirs et ses remords. Encore trente ans plus tôt, la Grande Dépression et le Dust Bowl mettaient à mal la vie des gens humbles tandis que les exploitants forestiers prospéraient, certains ayant un nom similaire à celui que porte Jacinda. Enfin, en 1908, l’arbre des Greenwood commence tout juste à prendre racine, à découvrir timidement la terre et ses minéraux, se nourrissant pour préparer la forêt qui naîtra dans son ombre, forêt d’hommes et de femmes aux destins divers mais tous liés, tous profondément humains malgré leurs différences. En 1934, les focalisations s’alternent, le roman prend davantage d’ampleur, se complexifie, porteur de mystères et de secrets de famille, et d’indices, discrètement amenés, disséminés, semblables aux ailerons libérés par les cônes des Pins d’Oregon qui viennent se poser en tourbillonnant sur le tapis d’aiguilles.

Michael Christie signe ainsi un livre ambitieux qui se déploie de toute l’envergure de ses branches pour mieux dissimuler le soleil au lecteur et le laisser respirer à pleins poumons l’air pur auquel il donne naissance, toujours pur au pied des conifères. Inquiétant mais aussi porteur d’espoir, Lorsque le dernier arbre s’attarde sur ces moments où l’humanité se crut perdue et sut faire face, indéfiniment, parce que tel est l’instinct humain qu’il pousse à survivre et à s’adapter.

Un grand merci à la collection Terres d’Amérique pour cette lecture.

Michael Christie – Lorsque le dernier arbre
[Greenwood – traduit par Sarah Gurcel]
Albin Michel (Terres d’Amérique)
608 pages
22,90 euros
A paraître le 18 août 2021 (rentrée littéraire 2021)

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26 réflexions sur “Lorsque le dernier arbre, Michael Christie

  1. Maximelefoudulivre

    Hello Hello,

    Superbe critique! Pour ma part j’ai adoré le fil rouge de l’écorce de l’arbre qui traverse les générations. La famille Greenwood est passionnante et on voit la différence d’approche suivant les générations. Il y a un coté de plus en plus écologique, protecteur je trouve.

    La maison construite est également un point central du roman car plusieurs générations y ont un rapport différent et elle reste la, ancrée dans sa terre voyant passé Greenwood.

    Merci pour le conseil.

    Bonne soirée

    Aimé par 1 personne

    1. Hello et merci !
      Les maisons ont souvent un rôle clef dans les romans familiaux et ce roman-ci ne fait pas exception à la règle, effectivement. Quant à la différence d’approche, c’est vrai que c’est là aussi une des forces de ce titre que d’être ample à tout égard et de s’adapter à cette amplitude en variant les tons et en évoluant en même temps que la société. Bonne journée à toi 🙂

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      1. Non, pas que, heureusement ! Je suis en train de lire « Badroulboudour » de Jean-Baptiste de Froment, aux éditions Forges de Vulcain, et je me régale sans retenue (enfin !)
        Mais pour le reste, cette année, je préfèrerai de beaucoup voyager loin de l’Hexagone 😉

        Aimé par 1 personne

      1. en prime, j’avais une liste de demandes sur NetGalley et pas de réponses alors j’en ai rajoutés et bingo ce matin 4 d’un coup 🙂
        c’est génial sauf pour ma PAL (notamment les livres que j’ai achetés et pas encore lus….

        Aimé par 1 personne

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