L’étrange disparition d’Esme Lennox, Maggie O’Farrell

Esme sait se rendre invisible. Elle respire tout doucement, par à-coups légers, ne bouge plus, se voûte à peine. Déjà sur les photographies, enfant, elle était floue, insaisissable, en train de s’évaporer. Et puis, elle a disparu pendant soixante ans derrière les murs d’un asile. Cinquante ans après l’hospice Sharston de La salle de bal d’Anna Hope, après les chambres sordides de la Salpêtrière dépeintes dans Le bal des folles de Victoria Mas, les femmes étaient encore considérées comme possiblement hystériques, les trop fragiles étaient internées pour plus de commodité. Pourtant, aujourd’hui, l’institution où vit Esme doit fermer et la seule qui semble responsable de la vieille dame, c’est Iris, sa petite-nièce, qui ignore tout de son existence. Maggie O’Farrell voyage d’un esprit à l’autre, des pensées aiguisées mais malgré tout perdues d’Iris à celles plus confuses et brouillées d’Esme qui tente de comprendre les raisons de son enfermement, tâchant vainement de retracer son chemin jusqu’à l’hôpital psychiatrique. Le passé vient ainsi manger le présent, même quand celui-ci devient plus doux, plus supportable. Et puis, ici et là, des bribes de souvenirs, de réflexion entrecoupés et balbutiants de Kitty, sœur d’Esme et grand-mère d’Iris. L’enfance en Inde, le retour à Édimbourg, le froid, l’irrévérence de la cadette, les disputes, les bals, l’école, les moqueries. Et des fragments d’indices qui ne feront sens que plus tard.   

L’auteure parvient à tisser un certain mystère, mystère qui ne repose pas sur une enquête, sur des cliffhangers grossiers, mais sur les défaillances de la mémoire de ses héroïnes. Avec beaucoup de finesse et, déjà, bien avant Hamnet, une délicate attention aux détails, Maggie O’Farrell signe un roman dur mais aussi tendre sur les relations familiales, sur le souvenir, sur la féminité d’hier et d’aujourd’hui, sur les normes.  

Un grand merci à Mumu dans le bocage et à Eve grâce à qui j’ai découvert ce livre.

Maggie O'Farrell - La disparition d'Esme Lennox 
[The Vanishing Act of Esme Lennox - traduit par Michèle Valencia]
10/18 (poche)
5 novembre 2009
240 pages
8,10 euros

Ils/elles en parlent aussi : Books, moods and more. Tu vas t’abimer les yeux. L’atelier de Ramettes 2.1. Art de lire

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