La révolution, la danse et moi, Alma Guillermoprieto

La révolution et la danse à Cuba

En 1970, Alma Guillermoprieto atterrit à Cuba, l’île de toutes les folies. La danseuse vient de New York, des cours de Martha Graham, de Merce Cunningham, et, avant cela, du Mexique. Habitée par la chaleur de la musique et du mouvement, les membres animés d’un feu rythmique, mais pas assez talentueuse pour percer dans la ville de la danse moderne, Alma accepte le poste de professeure invitée à l’Escuela Nacional de los Artes de Cuba (ENA). Là, elle découvre les étincelles qui s’allument dans le regard des insulaires quand Fidel s’exprime ou exhorte son peuple à atteindre les dix millions de tonnes de canne à sucre ; elle rencontre la modestie et l’abnégation ; elle est témoin des liens presque sanguins qui unissent les Révolutionnaires à travers l’Amérique latine. À en croire ces pages, la répression est inexistante dans le Cuba des années 1970 – en tout cas, Alma Guillermoprieto ne l’évoque que très peu. Tous semblent animés de la même adoration quasi-christique pour El Líder, El Caballo et peu d’éléments laissent présager de dérives totalitaires malgré les pénuries qui sont certes subies mais paraissent presque l’être avec un enthousiasme déroutant.

Le récit initiatique d’Alma Guillermoprieto

Récit d’apprentissage, La révolution, la danse et moi raconte l’éveil de l’auteure au monde et à elle-même, au communisme et à une nouvelle manière de vivre. À travers ses échanges avec les Cubains, ses élèves et ceux qui deviendront ses amis, des homosexuels et des artistes, des guérilleros et des « internationaux », elle grandit, porte un nouveau regard sur son existence new-yorkaise et ses atermoiements amoureux, traverse de grands moments de doute et de solitude dans la touffeur moite de la forêt dans laquelle niche l’ENA. Outre le fragment autobiographique que constitue ce livre, c’est aussi un voyage physique et spirituel que propose celle qui finalement abandonna la danse moderne et devint reporter. Ses longues phrases si latines et imagées, riches d’adjectifs et colorées emmènent ailleurs, font transpirer notre peau, vibrer nos jambes au fil des pas qu’elle invente et exécute, remplissent nos yeux d’exotisme et d’ailleurs – émerveillent. À la fois récit initiatique, ode à la danse et réflexion sur la place de l’art dans la révolution cubaine et dans le communisme en général, La révolution, la danse et moi est un livre pétillant et d’une grande richesse, intellectuelle, sentimentale et sensorielle.

Merci aux éditions Marchialy et au magazine Elle pour ce livre, lu dans le cadre du Grand prix des lectrices de Elle (note GPL : 18/20)

Alma Guillermoprieto – La révolution, la danse et moi
[La Habana en un espejo – traduit par Vanessa Capieu]
Marchialy
2020
364 pages
22 euros

Ils/elles en parlent aussi : America nostra. Tant qu’il y aura des livres. Garoupe