Sons of Philadelphia, Jérémie Guez

Sons of Philadelphia, brothers in arms

Guerre de gang sans sang, ou si peu, sans fusillade et corps mutilés, Sons of Philadelphia est une réalisation d’une grande beauté, emplie d’émotion, un film d’ambiance – et on sent bien là l’empreinte d’un auteur de polars, habitué à créer des atmosphères. Peter (Matthias Schoenaerts, plein de nuances) marche dans l’ombre de son cousin, Michael (Joel Kinnaman, glaçant), depuis toujours. Les deux hommes ont grandi ensemble et sont à la tête des Irlandais de Philadelphie, fils de la ville, se la disputant avec la mafia italienne. Peter est davantage en retrait, essaie de ne pas trop se mêler du sang et des affaires louches malgré son rôle d’homme de main et de confident, de se contenter de raisonner Michael, sanguin et prompt à éclater à la moindre contrariété. Malgré tout, après que son cousin a été blessé par balle, il ne peut plus rester hors du jeu et doit prendre ses responsabilités, tiraillé entre les liens du sang et le discernement, entre l’humanité et les envies de pouvoir de son presque frère. Adaptation d’un roman de Pete Dexter (Un amour fraternel), ce film semble davantage être une histoire de famille, un drame, qu’un simple récit de gangsters, qu’une lutte infernale entre deux clans. C’est l’histoire d’une désillusion, d’un homme « battu d’avance qui va essayer de faire au mieux » pour reprendre les propos du réalisateur.

Jérémie Guez et son film-roman d’ambiance

Pour son deuxième long-métrage, Jérémie Guez met du sien tout en collant au livre de Dexter, de sa passion pour la boxe, de ses fantasmes cinématographiques d’adolescent bercé par les films des années 1970, les polars. Il adopte un rythme lent, soigne sa mise en scène et ses cadrages et parvient à créer autant une tension palpable dans certaines scènes qu’une sensibilité à fleur de peau dans d’autres. Il joue sur le flou, les focales, brouille les traits et aime à filmer ses acteurs en très gros plans, à s’attarder sur des détails – un rire, un regard. Une nouvelle fois après notamment De rouille et d’os ou encore NevadaMatthias Schoenaerts incarne un dur au cœur tendre, marqué par la vie, sans doute idéaliste, qui boxe pour mieux dire avec ses poings ce que ses lèvres taisent. Ses souvenirs bercent son présent, lui donnent du corps, révèlent peu à peu son histoire et ses fêlures. En toile de fond indéfectible, les maisonnettes mitoyennes de Philadelphie, ses boulevards et ses quartiers populaires se parent d’ombre, mettant en avant les silhouettes des personnages. Le réalisateur travaille beaucoup la lumière – la froideur des lampadaires puis la lueur dorée des lampes tamisées du bar enrobent les visages des acteurs ; la douceur d’un coucher de soleil embrasse les traits de Matthias Schoenaerts et de Maika Monroe, seule femme de Sons of Philadelphia. Délicate, fragile, elle incarne l’humanité vers laquelle tend le héros qui oscille entre l’appel de l’instinct, de la bestialité, et celui de la raison. Le film est à son image, dans le sous-entendu bien davantage que dans l’action, le sang, les balles, ce qui en fait une œuvre particulière, réussie, constituant sa force – mais aussi, sans doute, sa faiblesse, puisque d’aucuns le condamneront pour son manque de poigne.

De : Jérémie Guez
Avec : Matthias Schoenaerts, Joel Kinnaman, Maika Monroe
Genre : Drame, thriller
Durée : 1h30
A voir au cinéma

Ils/elles en parlent aussi : La revanche du film. Cinéphiles 44. Les chroniques de Cliffhanger et Co. Dois-je le voir ?

14 réflexions sur “Sons of Philadelphia, Jérémie Guez

  1. Bonjour Ceciloule,

    J’ai vu le film ce week-end, le jeu d’acteur et de caméra sont réussis je trouve.

    Il ne faut pas voir ce film comme un film d’action. C’est avant tout une intrigue et un personnage qui sont mis en avant au travers d’un scenario un peu plus lent.

    A bientôt,
    Excellente journée

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : L’ombre et la lumière (Nevada, Laure de Clermont-Tonerre) – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

    1. Je ne suis pas d’accord avec toi. Pour moi son manque d’action en fait justement un film singulier dans son genre, qui se démarque par sa mise en scène soignée et par l’attention qu’il porte aux relations humaines. L’action, le sang, passent au second plan, derrière la tension, le déterminisme, la lumière, les regards, et ça fait du bien à mon sens.

      J'aime

  3. C’est toujours un peu périlleux quand un écrivain passe à l’écran. Guez, visiblement, a la bonne idée de proposer un scénario original (comme le fait par exemple Zahler) et ne cherche pas à adapter un de ses romans.
    Ta critique donne plutôt envie de découvrir.

    Aimé par 2 personnes

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