Claire Lombardo et sa belle tribu

Claire Lombardo a fait siens les analepses des Altruistes d’Andrew Ridker, l’affection touchante des Whitshanks d’Anne Tyler, le joyeux bazar de l’Orange amère d’Ann Patchett. Elle a puisé dans chacun de ces romans familiaux américains un peu de douceur, de causticité et d’humanité, parvenant à faire éclore sa propre voix, teintée de tout le bonheur du monde.

Les Sorenson forment un foyer désordonné mais aimant où les anicroches et les bisbilles ne sont jamais si sérieuses qu’elles ne peuvent être surmontées. Pourtant, des secrets et des non-dits pèsent sur cette famille de six – quatre filles et leurs deux parents si amoureux, couple parfait en apparence même après plus de quarante-ans de vie commune. La maternité est ici dépeinte comme une aventure, souvent éprouvante, source d’autant de joie que de peine, d’espoir que d’inquiétude, cœur de ce livre battant d’une tranquille délicatesse. Les relations de ces personnages plus vrais que nature sont empreintes d’une grande tendresse, permettant à Claire Lombardo d’aborder différents aspects de la féminité, différents âges de la vie, entre innocence espiègle, méchanceté adolescente indifférente et résilience adulte.

Tout le bonheur d’hier, tout le bonheur d’aujourd’hui

Le passé et le présent s’alternent pour donner de la profondeur de champ à ce portrait de famille, l’enfance des filles rattrapant bientôt leur vie de femmes, hier fusionnant avec les années 2000. Les perspectives se relaient, chœur harmonieux de voix distinctes mais unies par les différends et les épreuves, les souvenirs communs et l’amour. Wendy, l’aînée, est sans doute celle que l’auteure met le plus en avant, forte tête railleuse et piquante que la vie a malmenée. Derrière elle viennent Violet, la sérieuse, Liza, la discrète, et Gracie, l’éternelle dernière, l’Épilogue, comme la surnomme son père. Claire Lombardo confère à chacun de ses protagonistes une épaisseur psychologique certaine et les Sorenson s’animent sous sa plume, devisant sous le ginkgo, sur le porche ou dans la cuisine, entre chamailleries, cris et rires, câlins et larmes. Tout le bonheur du monde fait partie de ces romans dans lesquels il est bon de se plonger, ces romans que l’on ne veut pas refermer, achever, quitter, cocon suave et moelleux qui réconforte, délice qui fond sur la langue comme une confiserie.

Un grand merci aux éditions Rivages pour cette lecture, un coup de cœur !

Claire Lombardo – Tout le bonheur du monde
[The Most Fun We Ever Had – traduit par Laetitia Devaux]
Rivages
7 avril 2021
650 pages
21 euros

Ils/elles en parlent aussi : Histoire d’en lire. Les chroniques culturelles. Good books, good friends. En lisant, en écrivant. Les mots de la fin

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