Même si Thomas Snégaroff et Gallimard ne le présentent pas ainsi, il s’agit bien là du travail d’un historien. Extrêmement documenté, travaillé, recherché, abouti, Putzi revient sur le destin d’Ernst Hanfstaengl, « le pianiste d’Hitler ». Certes romancée, cette biographie croise les sources, mêle géopolitique et atermoiements individuels, prend de la hauteur avant de zoomer sur un visage, un événement précis. Le premier tiers du livre est difficile d’accès, presque brouillon dans sa construction complexe où la chronologie bondit en avant puis revient sur ses pas, où Louis II de Bavière, Wagner, Ernst et son père, Hitler, Amérique et Allemagne se mélangent, se succèdent dans une sorte de carte mentale où tout est lié mais dont l’élaboration a demandé un raisonnement qui n’est pas immédiatement accessible au lecteur. Ensuite, ce dernier comme l’auteur prennent leurs marques et l’alternance analepses / prolepses s’apaise malgré quelques tressautements temporels qui subsistent çà et là.

Putzi, « petit bonhomme » en bavarois, pourtant géant de près de deux mètres, a suivi la lente ascension d’Hitler, l’influence galopante des idées antisémites, nationalistes puis enfin, nazies dans le pays de Beethoven et de Strauss. Aux premières loges, celui qui fut responsable des relations avec la presse étrangère à l’aube des années 1930, vouait un véritable culte au Führer, ce qui n’empêche pas son parcours d’être jalonné d’obstacles et d’hésitations, de doutes et de retournements de situations. Dans une langue fluide et un style enlevé, Thomas Snégaroff signe un travail d’orfèvre sur cet homme nébuleux dont la vie fut dictée par son double héritage : l’aigle allemand et son frère américain se livrent une lutte effrénée en celui qui se décrira comme l’homme qui tenta de ramener Hitler à la raison… Le journaliste et historien, spécialiste des États-Unis, propose aussi une réflexion sidérante sur la place de l’antisémitisme dans l’Angleterre de Churchill et, outre Atlantique, sur la terre de Roosevelt.

Thomas Snégaroff – Putzi, le pianiste d’Hitler
Gallimard
1er octobre 2020
352 pages
22 euros

Ils/elles en parlent aussi : Valvita. Bulles de culture

10 commentaires »

  1. il est pour moi celui-ci je le note illico, ma période de prédilection de l’Histoire…
    J’apprécie beaucoup Thomas Snégaroff comme journaliste … je suis sûre de l’avoir noté quelque part ce livre mais…. Comme je fais des rangements depuis quelques mois pour aménager une pièce (balnéo) …

    Aimé par 2 personnes

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