Hamnet, Maggie O’Farrell

Hamnet ou un petit-garçon bientôt jeune homme si la vie le permet, courant d’une pièce à l’autre, cherchant sa mère Agnes, sa sœur Suzanna, sa grand-mère Mary pour les amener auprès de Judith, sa jumelle souffrante, mourante. Le père est au loin, à Londres, dans sa mansarde, les doigts maculés d’encre et l’esprit habité par les fantômes de ses pièces, par les lutins et les Leprechauns qui hantent les bois, les reines et les rois qui naissent de ses songes. William Shakespeare ne sera jamais nommé. Silhouette rassurante mais lointaine, floue, distante, son ombre se détache sur les murs baignés par la lumière chaude du feu qui crépite, sur les pans du baldaquin, sur le sol de la clairière, sur la terre du jardin médicinal de sa femme. Son Songe d’une nuit d’été se devine sous la féérie qui palpite sous la frondaison, qui habite Agnes, Blanche Neige d’un autre temps. Maggie O’Farrell en fait le héros en esprit, en présence reculée, cœur discret de ce livre qui disparaît, se cache dans ses pages, dans les coulisses de son théâtre en construction puis bientôt sur les planches – mais les protagonistes sont tout autre. Agnes, fée des bois, fauconnière, fermière habitée par un souffle de liberté, par l’âme de la forêt qui teinte ses yeux de vert, est celle qui règne sur Hamnet, mère, fille, épouse délaissée, flânant sur les chemins, encore insouciante.

Deux époques s’alternent : celle de la rencontre, du charme qui opère, du coup au cœur qui mène au mariage et à la deuxième temporalité, celle de la mort qui rôde, de l’absence et du chagrin. Finalement, la première converge vers la seconde jusqu’à l’embrasser. 1596 devient l’année à marquer d’une pierre blanche, celle du deuil puis de la renaissance. Les pensées et les rêveries d’Agnes et de Suzanna, d’Hamnet et de Judith forment un chœur mélodieux, plein d’échos et de résonances, la traductrice, Sarah Tardy, recréant minutieusement un chant, un monde de rimes et de sons reflétés à l’infini. Puis, pour rythmer ces lignes presque vers, apparaît le profil de Shakespeare, en ombre chinoise sur les rideaux de son théâtre, la scène ayant une fois encore sa place, certes discrète, dans un livre britannique.  

En puisant ses mots au plus profond des bois, en tissant feuilles, fleurs, herbes et branches d’autrefois, Maggie O’Farrell signe un livre d’une grande justesse, vibrant de douleur et d’amour, rendu vivant par la nature qui le parcourt, plumes d’oiseau et camomille, rayons de miel et de soleil, abeilles virevoltant, lavande et cannelle.

Pour Hamnet, l’auteure a remporté le Women’s Prize for Fiction en 2020, comme Kamila Shamzie avant elle pour Embrasements.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour cette lecture.

Maggie O’Farrell – Hamnet
[Hamnet – traduit par Sarah Tardy]
Belfond
1er avril 2021
368 pages
22,50 euros

Ils/elles en parlent aussi : D’autres vies que la mienne. L’essence des mots. Un balcon en forêt. Maven litterae. Books, moods and more. Aujourd’hui je m’aime. L’art et l’être. Good books, Good friends. Charlotte Parlotte. The book and biscuit. Ma voix au chapitre. Books n’ joy. Les chroniques de Coco, Au temps des livres, Histoires d’en lire, Émois livresques, La minute livres, La nuit je mens, Mon coin lecture, La flibuste des rêveurs, Le temps de la lecture, Les lectures d’Azilis, In the mood for…, La culture dans tous ses états, Christlbouquine, Les livres d’Ève, Une souris et des livres, Mumu dans le bocage. Love in books. Lettres d’Irlande et d’ailleurs. Lettres exprès. Un plaid, un thé, des livres

34 réflexions sur “Hamnet, Maggie O’Farrell

  1. Ping : Noël 2021 – livres en pagaille – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

  2. Quel magnifique hommage tu rends là à cette œuvre si vivante et poignante que j’ai adoré parcourir l’instant de quelques heures qui m’auront vraiment évadé ! J’ai vraiment vivre au rythme de cette lecture qui fait de l’auteure ma révélation de cette année !

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