It’s a Sin, Russel T. Davies

Russell T. Davies nous fait passer du rire aux larmes en quelques plans, met l’accent sur la douceur de vivre de l’avant puis sur la tension qui grignote peu à peu cette jeune insouciance heureuse. Roscoe (Omari Douglas), Colin (Callum Scott Howells) et Ritchie (Olly Alexander) voient leur arrivée à Londres comme synonyme d’une indépendance nouvelle, de la possibilité neuve d’être enfin au grand jour qui ils sont depuis toujours. De l’Île de Wight, du Pays de Galles ou d’un quartier moins libertaire de la capitale, ils débarquent, les yeux pleins d’étoiles et de désirs refoulés, prêts à embrasser une existence de joies et d’égarements. Loin de leurs parents et de leur bagage culturel conservateur, leur homosexualité n’est plus un fardeau à dissimuler, mais une voie qu’ils sont libres d’emprunter. Cependant, à Londres dans les années 1980, comme ailleurs, éclatent sans bruit les premières rumeurs d’un « cancer gay » : elles parasitent leur bonheur tout juste trouvé et s’insinuent dans leur colocation pleine de bonne humeur au Pink Palace. Si Ritchie moque ces échos et n’en croit pas un mot, Colin est confronté à leur inéluctabilité. Quant à Roscoe, il papillonne de fleur en fleur, à a recherche d’un compagnonnage avantageux. Veillant sur ce petit monde, Jill (Lydia West) et son sourire bienveillant, sœur de cœur de Ritchie qui lui fit abandonner ses études de droit et rejoindre la filière artistique de l’université, rencontrer Ash, son premier amour, et découvrir la communauté gay – véritable petite mère du Pink Palace où les notes que chacun chante comme un cri de ralliement se teintent bientôt d’une douleur sourde. L’héroïne est inspirée d’une véritable activiste qui a notamment contribué à de nombreuses levées de fonds pour les malades du sida, Jill Nalder, qui interprète ici la mère de Jill.

En cinq épisodes poignants, Russel T. Davis (à l’origine notamment de Years and Years et de Queer as Folk) nous plonge dans les années SIDA, aussi années Queen et Blondie, Annie Lennox et Kate Bush. Les couleurs chatoyantes éclatant à l’écran se parent d’ombre lors des scènes à l’hôpital, la bande-son pétillante laisse place à des morceaux instrumentaux émouvants. Le réalisateur britannique berce les âmes et violente les cœurs, crée une bande de personnages attachants et bigarrés. Entre ode à la vie et rappel qu’elle est trop courte pour ne pas en profiter pleinement, It’s a SinC’est un pécher, d’après la chanson éponyme des Pet Shop Boys – marque d’une empreinte indélébile tout un chacun, fait écho dans les mémoires d’une génération et confronte les Millenials si ouverts d’esprit à une époque qu’ils ne connaissent que peu. Les dernières minutes nous font osciller entre sanglots longs et éclats de rire passagers, à l’image de cette minisérie chamarrée sur laquelle une chape de plomb pèse doucement mais sûrement.

Le premier coup de cœur sériel de l’année.

De : Russell T Davies
Avec Olly Alexander, Omari Douglas, Callum Scott Howells, Lydia West
Année : 2021
Nombre d’épisodes : 5
Durée moyenne : 45 minutes
A voir sur Canal +

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21 réflexions sur “It’s a Sin, Russel T. Davies

  1. J’ai adoré cette série ! Je l’ai dévorée d’un coup. Elle m’a quand même fait du mal à petit cœur quand même (Russel T. Davies sait comment nous faire souffrir aha !). J’avais l’impression de faire partie de la bande. Mention spéciale à Colin qui rapporte un peu de joie dans ce monde de brut avec ses petits sourires. Il est tellement précieux !

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  4. Ping : It’s a sin – Le plaisir de l'encre

  5. coup de cœur pour moi-aussi!!! belle histoire des acteurs au top, cela change des programmes ronronnants qu’on nous propose en ce moment!
    il me reste 2 épisodes à voir, car je veux faire durer le plaisir…
    une autre de mes séries préférées d’un tout autre genre « This is us » je craque
    bon dimanche

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  6. J’ai tout simplement adoré cette série, vue en deux jours. J’étais déjà admirative du travail de Russel T. Davies sur Queer as folk, qui dépeint très bien le milieu gay britannique (puis américain dans le remake). J’attendais It’s a sin avec impatience de lui, la série est parsemée de rires, de bonheurs, de larmes et de tristesse. Je trouve que tout y est parfait, tellement humain. Ces personnages deviennent comme une famille, on a le sentiment de tout vivre avec eux, tout en apprenant un contexte et une époque sombre, même si teintée de joies. Je me demandais justement d’où venait le titre de la série, tu me l’apprends. Je suis heureuse de ne pas être la seule à avoir été touchée au coeur par It’s a sin.

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    1. J’ai beaucoup aimé Years and Years et je me demandais justement où voir Queer as folks… une idée de la plateforme où la série serait disponible ?
      Je n’ai rien à redire non plus, It’s a Sin est effectivement d’une humanité désarmante et de ce que j’ai cru comprendre, c’est un vrai succès critique (et spectateur) à la surprise du réalisateur. Donc nous sommes plus de deux (trois avec Eve) à avoir été bouleversés !

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      1. Je viens de chercher un peu pour te répondre, a priori je ne la trouve sur aucune grande plateforme connue. J’ai les deux versions (US, UK) en DVD mais je les ai achetés il y a quelques années. La version UK est encore disponible sur Amazon à l’achat, la version US, ça paraît un peu plus compliqué, mais peut-être d’occasion.
        Oui, je viens seulement de commencer à lire quelques interviews du réalisateur, qui ne s’attendait pas à un tel succès. J’en suis heureuse pour lui ! Je n’ai pas vu Years & Years en revanche. Mais pour It’s a sin, c’est totalement mérité, et pour une série qui se passe dans les années 80, je trouve tous les propos, réactions et personnages, d’une incroyable actualité.

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      2. Je vais regarder sur momox alors 😉 merci beaucoup d’avoir cherché !
        Moi aussi je suis ravie de ce succès qui m’a permis à moi et à d’autres de réaliser l’ampleur de la catastrophe mais aussi le « It was too much fun » qui est quand même là, bien présent derrière les larmes. Years and Years était très différente mais j’avais beaucoup aimé également, encore plus actuelle qu’It’s a Sin, projetée dans un futur inquiétant tant il semble être une prédiction… On y retrouve Lydia West. Elle est peut être toujours dispo sur Canal plus d’ailleurs 😉

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      3. Oui, j’ai regardé, sur Momox tu trouveras sans peine les deux versions de la série !
        Tout à fait, ce « It was too much fun » était nécessaire pour conclure la série. Years and years est dans ma bibliothèque, je l’emprunterai ! J’hésitais à la regarder, alors merci du conseil 🙂

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