Place aux immortels, Patrice Quélard

En 1915, en Picardie, les soldats se font face, tranchées contre tranchées, immobiles, debout mais bientôt couchés, obus après obus, balles après balles, séparés par les barbelés du no man’s land. À l’arrière, ou presque, les gendarmes sont chargés de veiller au maintien des règles – pas de beuverie, pas de passage vers la ligne de front après le couvre-feu, pas de perturbation des convois de ravitaillement. Dans une ancienne école se tient la prévôté, bientôt diligentée par Léon Cognard, anticonformiste, cultivé et pince-sans-rire qui, lassé du calme breton a sauté sur la première occasion pour monter en grade et rejoindre l’animation du Nord-Est français. Il règne sur son domaine et sur ses hommes, toujours armé d’un bon mot, n’hésitant que rarement à passer l’éponge sur une bévue sans importance. Cela n’est pas dû qu’à son amitié pour ses subalternes, mais aussi et surtout au mépris du colonel, son interlocuteur privilégié à l’état-major de la 22e division, et des soldats en général – considérés comme des pleutres incapables de se battre et ne prenant aucun risque, les gendarmes sont malmenés par les fantassins sur qui ils ont pourtant autorité. Entre cocasserie et échanges poisseux, Patrice Quélard pointe du doigt cette animosité et adopte les tics de langage des hommes entourés d’hommes, rendant l’ensemble parfois un peu lourd.

Pour justifier l’existence de Place aux immortels et lui donner du souffle, l’auteur imagine une enquête à la résolution certes sans grande surprise mais soulignant une fois encore la réalité d’alors et apportant des éléments de contexte pas inintéressants. Quand deux hommes du même régiment d’infanterie meurent coup sur coup, Léon y voit l’occasion de bouleverser le quotidien : rempli d’un doute glaçant, il choisit de mener l’enquête envers et contre tout, y compris les ordres de son supérieur. Décidé à faire triompher la vérité, Léon sera confronté à l’hostilité des uns et à la méfiance des autres, résolus à garder le silence et à protéger le quant-à-soi du régiment, l’harmonie discordante maintenue à grand-peine chez les poilus alliés.

Patrice Quélard, dans une langue simple et proche des Français d’alors, évoque une réalité historique peu connue. Ses dialogues fleuris et ses descriptions visuelles confèrent un certain réalisme à Place aux immortels tandis que les détails qu’il distille entre deux bons mots un peu gras enrichissent son récit terre-à-terre et très classique tant dans la construction que dans le style. L’auteur, en se mettant au diapason de la simplicité rustique de l’existence paysanne (et masculine) du début du XXème siècle, rend ainsi hommage aux gendarmes anonymes qui ont joué un rôle plus important qu’on ne le pense pendant la Grande Guerre. Il a d’ailleurs reçu le Prix du roman de la Gendarmerie nationale 2021.

Merci à Patrice Quélard et aux éditions Plon pour cette lecture enrichissante. Merci également à Émilie du blog Au fil de l’histoire de nous avoir mis en contact.

Les lettres de la photographie sont des extraits des missives reliées dans Parole de Poilus et la photographie en noir et blanc vient de ce site Internet.

Patrice Quélard – Place aux immortels
Plon
18 mars 2021
287 pages
13 euros

Ils/elles en parlent aussi : PassionLectureAnnick. Au fil de l’histoire. Franck’s books

13 réflexions sur “Place aux immortels, Patrice Quélard

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