Kingdomtide, Rye Curtis

En 1986, alors que s’ouvre la période de Kingdomtide, précédant l’Avent et célébrée par les Méthodistes, une Texane de soixante-douze ans part avec son mari pour le Montana, espérant passer quelques jours dans une cabane, au grand-air. Leur petit avion se crashe et, miraculée, la vieille dame doit apprendre à subsister en pleine forêt – se nourrir, marcher, éviter les blessures, se protéger des intempéries. Survivre, veillée par un étrange ange gardien peut-être pas si angélique… Vingt-ans plus tard, depuis l’institut pour personnes dépendantes où Cloris vit désormais, elle revient sur cette épreuve, sur ses pérégrinations en milieu hostile. Parallèlement à son récit à la première personne, se déroule le fil de la vie de Debra Lewis, ranger solitaire et alcoolique, obsédée par la certitude que Cloris Waldrip a survécu à l’accident, aussi hantée par cette idée que son collègue est visité par le fantôme d’une étrange femme rousse. Pour les épauler, Pete, dépressif et ressassant le départ de sa femme, Broor, énergumène peu délicat, et la fille de ce dernier qui chasse des moustiques imaginaires.

Rye Curtis, jeune primo-romancier, arrive étonnamment bien à adopter deux perspectives féminines. Alliant humour et mélancolie, Kingdomtide serpente entre les arbres des Bitterroot Mountains dont l’ombre menace les protagonistes. L’auteur parvient à trouver un équilibre surprenant entre distance et pathos vis-à-vis de ses deux héroïnes et donne corps à leurs pensées. Lewis et son merlot sont rapidement insupportables mais leur présence est rendue tolérable par l’ironie qu’instille Curtis dans ses pages. Au travers de ces deux destinées et par le truisme du regard très candide de Cloris, ce roman est également l’occasion pour lui de disséminer aphorismes et réflexions pseudo-philosophiques sur l’identité, la différence et la tolérance. Ses personnages sont tous boiteux, décalés, et ils cohabitent pourtant en harmonie.

Kingdomtide semble signer la fin du nature-writing chez Gallmeister, ou en tout cas marquer un tournant majeur dans sa politique éditoriale. En effet, La dérision de Curtis paraît presque viser des ouvrages du catalogue de la maison d’édition… Le lyrisme de certains débuts de phrases est vite enterré sous leur chute, ce qui crée un déséquilibre burlesque donnant cette impression.

Merci aux éditions Gallmeister qui en contribuant à enrichir aVoir-aLire ont également contribué à enrichir Pamolico.

Rye Curtis – Kingdomtide
Traduit par Jacques Mailhos
Gallmeister
4 février 2021
400 pages
24 euros

Ils/elles en parlent aussi : Read look hear. Le dit des mots. Kate Vane

Une réflexion sur “Kingdomtide, Rye Curtis

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s