Homesman, Glendon Swarthout

« Homesman » pourrait être traduit par « rapatrieur ». C’est en tout cas le néologisme que Laura Derajinski a choisi pour décrire le « homesman » évoqué par Glendon Swarthout, cet individu élu pour ramener des femmes ayant perdu la tête chez elles, à l’Est, loin de leur époux, de leur foyer, des Grandes Plaines de l’Ouest, des hivers glacials, des maladies, des vents frigorifiant, de la misère et de la poussière. Le rôle aurait dû échoir au mari de l’une des quatre folles, au malheureux qui aurait obtenu le grain de maïs noir lors du tirage au sort organisé par le pasteur. Mais à cause de la poltronnerie du perdant, c’est une femme qui se chargera de l’expédition, qui partira de longues semaines, veillant sur ces quatre silencieuses au comportement d’enfants. Mary Bee Cudy était amie avec l’une de ces tristes démentes à qui la rudesse de la vie dans l’Ouest est montée à la tête. Courageuse, touchante, cette demoiselle « aussi banale qu’un seau en étain » a pourtant la morale d’une Sœur et le sens du devoir d’une reine. Ses rêves et ses espoirs bercent celle qu’elle est, portent ses valeurs et la mènent à des décisions toujours soigneusement soupesées pour atteindre la justesse d’action. Malgré sa solitude au quotidien, ses épaules solides d’une Atlas pourtant tendre et vulnérable, elle aura besoin d’un compagnon de voyage, d’une âme sans foi ni loi pour la protéger des Indiens, des voleurs et des violeurs.

Publié originellement en 1988, ce roman de Glendon Swarthout est un hommage à celles qui ont posé une à une les pierres de l’Amérique, qui, grâce à leur énergie, ont bâti un monde au prix de leur vie. L’auteur nous offre une épopée superbe dans la nature sauvage américaine, une plongée dans la tête d’une femme et d’un homme que tout oppose mais qui seront liés par la force des choses et par de judicieux parallèles littéraires – un brigand, un « homme de piètre morale », et une âme pieuse, célibataire, déterminée mais fragile sous ses abords inébranlables et valeureux. Le style est ciselé, les mots sont justes, accompagnent le rythme binaire du pas des mules, les cahots du terrain enneigé bientôt rocailleux et aussi dangereux pour les roues du fourgon que pour les sabots des animaux.

Un grand merci aux éditions Gallmeister qui, en contribuant à enrichir aVoir-aLire, contribuent également à enrichir Pamolico.

Glendon Swarthout – Homesman (traduit de l’anglais par Laura Derajinski)
Gallmeister (Totem)
7 janvier 2021
228 pages
9,90 euros

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