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Zoomania, Abby Geni

Zoomania retrace l’histoire de quatre frère et sœurs, devenus orphelins après qu’une tornade de force 5 a balayé la ferme où ils vivaient avec leur père. Le roman commence comme Le magicien d’Oz, dans l’esprit de Cora, une fillette fascinée par le doigt de Dieu formé par le vent et la pluie. Et puis Abby Geni les quitte pour les retrouver trois ans après, dans une caravane où habitent les trois filles. Darlene, l’aînée, prend soin des deux benjamines tandis que le garçon, Tucker, a disparu suite à une dispute, quelques mois après la catastrophe. Les journées se suivent et se ressemblent, mornes sous la chaleur sèche de l’Oklahoma qui monte peu à peu alors que l’été se rapproche. La pitié des autres habitants de Mercy isole les trois filles, seules dans leur univers fragile. Quand un incendie éclate à l’usine de cosmétiques où travaillent de nombreux hommes de la petite ville, les sœurs ne comprennent pas immédiatement qui en est à l’origine. Mais les pièces du puzzle s’emboîtent peu à peu, se complètent et font sens, les flammes n’étant que les premières étincelles d’un brasier qui bouleversera à jamais leur existence – et celle du lecteur.

Il est peu fait mention d’écoterrorisme dans les journaux ou même dans les fictions actuelles. Pourtant, certains groupes écologiques se radicalisent et rappellent de manière violente et souvent peu raisonnée les tragédies vers lesquelles l’humanité se dirige. Abby Geni aborde ce sujet en passant par le prisme de la famille, teinte d’urgence et de poésie les drames qui se nouent dans son roman. Après tout, ses héros sont des McCloud, des descendants des nuages. La plume est très imagée, vivante, pleine de métaphores qui la font ondoyer. Les animaux marquent les pages de leurs empreintes, laissent des traces discrètes sur la terre poussiéreuse qui sert de matériau à l’auteure. Les sons des grillons hantent les nuits, la peau lustrée des chevaux frémit sous les doigts tendres de Cora, les serpents à sonnette s’enroulent sur le sol. Tous les sens sont à l’écoute, sollicités par les comparaisons qui éclosent ligne après ligne et qui ne peuvent que contribuer à faire de Zoomania un coup de cœur.

La construction du roman est chronologique et linéaire mais à chaque premier des mois sur lesquels s’étale le récit – mai, juin, juillet, août et septembre –, la focalisation effectue un pas de côté et le « je » de Cora laisse place à un narrateur externe qui connaît tout des pensées de Darlene. Cette alternance permet au lecteur d’avoir une vision différenciée des événements, tantôt narrés par une enfant de neuf ans, tantôt par une jeune adulte harassée par le monde qui pèse sur ses épaules, par le microcosme qu’elle doit faire vivre au prix de ses désirs et de ses ambitions. Séparées, les deux sœurs apportent ainsi chacune un angle différent sur les expériences qui secouent leur quotidien bouleversé par une allégorie des drames mondiaux troublant la Terre.

Un grand merci aux éditions Actes Sud qui, en contribuant à enrichir aVoir aLire, contribuent à enrichir Pamolico.

Abby Geni – Zoomania (traduit de l’anglais par Céline Leroy)
Actes Sud
368 pages
6 janvier 2021
23 euros

Ils/elles en parlent aussi : Sur mes brizées. En lisant, en écrivant

7 réponses sur « Zoomania, Abby Geni »

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